La Prêtresse du Pommier
Posté : 30 avr. 11:31
Prologue
Une chape de nuages recouvrit la lune décroissante et plongea la falaise dans l'obscurité. Comme pour débuter sa chasse au plus noir de la nuit, une effraie prit son envol dans un bruissement d'ailes froissées. Le fond de l'air était chaud et humide, mais il semblait qu'aucun autre être vivant n'était là pour s'en incommoder. Pas un bruit, pas un souffle d'air ne venait troubler la paix presque mystique du lieu de rendez-vous. Les nuages glissaient cependant vers la mer, découvrant la lune un instant, dont un faible rayon tomba, comme par accident, sur un cavalier. Lentement il allait, bercé par le roulement de la marche de sa monture, le menton baissé, le visage masqué d'un chapeau aux larges bords. Sa silhouette était escamotée par un long manteau aux larges pans, dont toute couleur semblait s'enfuir. L'équipage s'arrêta devant un pan de la falaise et le cavalier démonta prestement. Il escalada la paroi, le geste sûr et le corps souple, puis s'arrêta sur une plate-forme aux angles réguliers, invisible depuis la plaine. Alors il écarta les pans de son manteau d'un geste ample, presque royal. Il se campa sur ses deux jambes, prit une profonde inspiration et tendit ses bras droit devant lui, comme pour incanter quelque sort mystérieux. Il expira bruyamment, excédé, et se déhancha langoureusement en chevrotant un « Eh, Macarena ! » des plus forcés. Aussitôt un rocher coulissa, laissant échapper la lumière d'une flamme. Au bout de la lanterne se tenait un petit homme au teint mat et aux yeux bridés, le corps engoncé dans une tenue bariolée aux accents mandchous. Les yeux pétillants et le visage rigolard, il s'effaça pour laisser entrer le danseur dont les vêtements avaient repris leur couleur rouge avec la lumière.
« La prochaine fois que tu choisis un mot de passe de ce genre, je t'assure que tu passeras la soirée aussi seul qu'un béonide propre », bougonna-t-il en entrant dans la grotte.
Le rocher coulissa de nouveau, replongeant les environs dans la nuit et le silence.
Le cortège descendit un long couloir sinueux, bordé de gouffres et de grandes bouches d'ombre s'ouvrant sur d'autres couloirs, d'où s'échappait parfois un mince filet d'air pareil à l'haleine d'un géant feignant la mort, qui faisait trembler la flamme sans parvenir à l'éteindre. Au bout de quelques minutes de marche silencieuse les deux hommes parvinrent dans une grande salle jonchée de coussins et de tapis orientaux, au milieu de laquelle trônait une petite table basse entourée de deux ottomanes. Les personnages s'allongèrent, guidés par une familiarité que seule l'habitude de l'intimité pouvait inspirer, et se tournèrent vers le jeu d'échecs posé sur le guéridon. L'homme au grand chapeau rouge déplaça un pion avant de découvrir ses canines d'un rictus ironique.
« Tu te rappelles de la proposition que tu m'avais faite, Hallaserke ?, commença-t-il. Tu disais que tu m'enverrais gratos dans ton monde si je te ramenais tes bonbons... Ca fait un moment que je me dis que j'y ferais bien un tour, mon perf commence à être usé et je ne me rappelle plus trop quel goût y a le sang...
- Pas de massacres, ça ne passe plus inaperçu. Comme je sais que tu t'y ennuieras, je te préviens, si tu ne me ramène pas au moins un tonneau de pastilles je t'y laisserai. C'est que ça demande beaucoup d'énergie, 'mvoyez, de transporter monsieur le diablotin dans un monde aussi lointain. L'or ne s'y trouve pas en grandes quantités, il n'y a que comme ça que tu pourras me dédommager un minimmum. », répondit ledit Hallaserke.
Il hasarda sa main potelée vers le plateau et avança une pièce.
« Je suis plus un chirurgien qu'un boucher, répondit le grand vampire aux longs cheveux noirs. Et arrête de faire ta sucrée, tes affaires se portent à merveille, ajouta-t-il en parcourant du regard la pièce richement ornée. C'est pas parce que tu te sapes comme un clodo que tu pourras me faire croire que t'es pauvre, ni d'ailleurs que ta magie te coûte quoi que ce soit. Tiens, j'en connais qui, s'ils savaient que le Grand Magicien fait à ce point sa pute, auraient bien envie de voir si elle assume aussi la fonction première de son métier. »
Il toisa le sorcier d'un regard narquois au-dessus de ses lunettes de soleil orange. Hallaserke se releva vivement comme piqué par un moustique imaginaire, regarda une tenture et y matérialisa une grande bouche d'ombre qui exhalait le même air venu d'ailleurs que celui qui avait manqué d'éteindre la bougie dans le couloir.
« Puisque tu le prends comme ça va-t-en maintenant, je ne vais pas perdre mon temps à jouer avec un démon qui me menace. Et peut-être que je vais vraiment t'y laisser, finalement...
- Oh mais non, tu as presque terminé ta provisions de pastilles roses... D'ailleurs je t'en prends une pour trouver plus facilement. A quoi ça sert, au fait ?, l'interrogea l'homme en rouge en s'approchant, confiant, du nouveau couloir.
- Tu auras tout le temps d'en découvrir les effets, Alucard, répondit le petit homme juste avant que l'autre ne soit plus à portée de voix. »
Hallaserke retourna près de la table où il alluma un vieux narguilé aux couleurs passées puis s'avachit pesamment sur son siège. « Dure journée ! » lâcha-t-il avant de se plonger dans la lecture d'un vieux grimoire poussiéreux, sur la couverture duquel il était inscrit en lettres torturées « Amours centaures illustrées ».
Une chape de nuages recouvrit la lune décroissante et plongea la falaise dans l'obscurité. Comme pour débuter sa chasse au plus noir de la nuit, une effraie prit son envol dans un bruissement d'ailes froissées. Le fond de l'air était chaud et humide, mais il semblait qu'aucun autre être vivant n'était là pour s'en incommoder. Pas un bruit, pas un souffle d'air ne venait troubler la paix presque mystique du lieu de rendez-vous. Les nuages glissaient cependant vers la mer, découvrant la lune un instant, dont un faible rayon tomba, comme par accident, sur un cavalier. Lentement il allait, bercé par le roulement de la marche de sa monture, le menton baissé, le visage masqué d'un chapeau aux larges bords. Sa silhouette était escamotée par un long manteau aux larges pans, dont toute couleur semblait s'enfuir. L'équipage s'arrêta devant un pan de la falaise et le cavalier démonta prestement. Il escalada la paroi, le geste sûr et le corps souple, puis s'arrêta sur une plate-forme aux angles réguliers, invisible depuis la plaine. Alors il écarta les pans de son manteau d'un geste ample, presque royal. Il se campa sur ses deux jambes, prit une profonde inspiration et tendit ses bras droit devant lui, comme pour incanter quelque sort mystérieux. Il expira bruyamment, excédé, et se déhancha langoureusement en chevrotant un « Eh, Macarena ! » des plus forcés. Aussitôt un rocher coulissa, laissant échapper la lumière d'une flamme. Au bout de la lanterne se tenait un petit homme au teint mat et aux yeux bridés, le corps engoncé dans une tenue bariolée aux accents mandchous. Les yeux pétillants et le visage rigolard, il s'effaça pour laisser entrer le danseur dont les vêtements avaient repris leur couleur rouge avec la lumière.
« La prochaine fois que tu choisis un mot de passe de ce genre, je t'assure que tu passeras la soirée aussi seul qu'un béonide propre », bougonna-t-il en entrant dans la grotte.
Le rocher coulissa de nouveau, replongeant les environs dans la nuit et le silence.
Le cortège descendit un long couloir sinueux, bordé de gouffres et de grandes bouches d'ombre s'ouvrant sur d'autres couloirs, d'où s'échappait parfois un mince filet d'air pareil à l'haleine d'un géant feignant la mort, qui faisait trembler la flamme sans parvenir à l'éteindre. Au bout de quelques minutes de marche silencieuse les deux hommes parvinrent dans une grande salle jonchée de coussins et de tapis orientaux, au milieu de laquelle trônait une petite table basse entourée de deux ottomanes. Les personnages s'allongèrent, guidés par une familiarité que seule l'habitude de l'intimité pouvait inspirer, et se tournèrent vers le jeu d'échecs posé sur le guéridon. L'homme au grand chapeau rouge déplaça un pion avant de découvrir ses canines d'un rictus ironique.
« Tu te rappelles de la proposition que tu m'avais faite, Hallaserke ?, commença-t-il. Tu disais que tu m'enverrais gratos dans ton monde si je te ramenais tes bonbons... Ca fait un moment que je me dis que j'y ferais bien un tour, mon perf commence à être usé et je ne me rappelle plus trop quel goût y a le sang...
- Pas de massacres, ça ne passe plus inaperçu. Comme je sais que tu t'y ennuieras, je te préviens, si tu ne me ramène pas au moins un tonneau de pastilles je t'y laisserai. C'est que ça demande beaucoup d'énergie, 'mvoyez, de transporter monsieur le diablotin dans un monde aussi lointain. L'or ne s'y trouve pas en grandes quantités, il n'y a que comme ça que tu pourras me dédommager un minimmum. », répondit ledit Hallaserke.
Il hasarda sa main potelée vers le plateau et avança une pièce.
« Je suis plus un chirurgien qu'un boucher, répondit le grand vampire aux longs cheveux noirs. Et arrête de faire ta sucrée, tes affaires se portent à merveille, ajouta-t-il en parcourant du regard la pièce richement ornée. C'est pas parce que tu te sapes comme un clodo que tu pourras me faire croire que t'es pauvre, ni d'ailleurs que ta magie te coûte quoi que ce soit. Tiens, j'en connais qui, s'ils savaient que le Grand Magicien fait à ce point sa pute, auraient bien envie de voir si elle assume aussi la fonction première de son métier. »
Il toisa le sorcier d'un regard narquois au-dessus de ses lunettes de soleil orange. Hallaserke se releva vivement comme piqué par un moustique imaginaire, regarda une tenture et y matérialisa une grande bouche d'ombre qui exhalait le même air venu d'ailleurs que celui qui avait manqué d'éteindre la bougie dans le couloir.
« Puisque tu le prends comme ça va-t-en maintenant, je ne vais pas perdre mon temps à jouer avec un démon qui me menace. Et peut-être que je vais vraiment t'y laisser, finalement...
- Oh mais non, tu as presque terminé ta provisions de pastilles roses... D'ailleurs je t'en prends une pour trouver plus facilement. A quoi ça sert, au fait ?, l'interrogea l'homme en rouge en s'approchant, confiant, du nouveau couloir.
- Tu auras tout le temps d'en découvrir les effets, Alucard, répondit le petit homme juste avant que l'autre ne soit plus à portée de voix. »
Hallaserke retourna près de la table où il alluma un vieux narguilé aux couleurs passées puis s'avachit pesamment sur son siège. « Dure journée ! » lâcha-t-il avant de se plonger dans la lecture d'un vieux grimoire poussiéreux, sur la couverture duquel il était inscrit en lettres torturées « Amours centaures illustrées ».