Il ne faut pas pousser mémé dans les orties
Voilà une expression mystérieuse pourtant couramment utilisée jusqu'à dans nos contrées les plus reculées !
Peu de gens connaissent son origine, et... après des années de recherche je m'apprête à vous livrer le secret d'une naissance par trop méconnue.
D'anciens parchemins nous enseignent qu'un massacre eut lieu en 1500 avant le nouvel âge qui régit notre calendrier actuel, et jusqu'à hier soir, après avoir parié au célèbre "Qui veut Gagner des POs" qui me fit gagner un vieux grimoire poussièreux, mes longues heures d'étude n'avaient pu me donner la clef de cette énigme...
Or donc un jeune et fougueux guerrier arpentait nos plaines. Tout semblait calme, et Franck-Albert (c'est le nom de notre héros) commençait à sentir la colère de son estomac.
Il entreprit donc de déballer son premier casse-croutte au lard quand un jeune garçon affamé mut son corps squelettique jusqu'à notre noble compagnon. Celui-ci, attristé par cette affligeante vision, ne put retenir un élan de générosité et donna 2 de ses 4 casses-croutte à l'enfant qui, après un torrent de louanges, s'éloigna doucement dans sa danse désarticulée.
"Crouiiiiik !"
L'estomac de Franck-Albert semblait protester contre cette injuste dépossession d'une marchandise comestible qui ne lui reviendrait plus.
Alors que notre ami s'apprête à croquer à pleine dent (il n'en a plus qu'une ) , un violent orage vint à se déclencher... Franck-Albert ne pouvait se résoudre à gâcher ce pain moelleux et ne souhaitait courir le danger qu'il fut détrempé. Il le rangea soigneusement sous son casque et pensait à sa cousine Francine qui avait fourni la farine pour la fabrication de ce met délicat...
Plusieurs heures plus tard, en fait toute une nuit, la tempête décida de se calmer, et les cris monstrueux n'étant plus couverts par le tonnerre parvinrent de son ventre.
"Crouiiiiiiiiiiiikkkkkkk ! Crouiiiik !"
Il devenait urgent qu'il réponde à cet appel alarmant de son organisme et sortit le fameux casse-croutte dont il avait rêvé toute la nuit. Il ouvrit une grande bouche quand sa monture fit un écart, apeurée qu'elle était par le nid de serpents qu'elle avait failli bousculer... Franck-Albert avait laissé tombé son repas et s'était franchement mordu la langue.
"Crouiiiiiiiikkkkkkk ! Crouiiiik ! Crouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiik"
"moui bon bah f'est bon v'ai gombri ! ": Frank-Albert n'en pouvait plus de lutter contre les appels de son estomac et la douleur bucale qui lui interdisait pour le moment toute ingestion quelle qu'elle soit...
Chaque pas devenait maintenant l'occasion d'un sombre bruissement abdominal et abominable...
Tout préoccupé qu'il était, il ne s'était aperçu que le sol herbeux de la plaine était maintenant jonché de cadavres et de restes aux apparences moins humaines les unes que les autres...
"Crouiiiik ! crouiiiiiiikkkkkkk! crouiiiiiikkkkkk ! CROU-HI-QUEU ! "
A l'idée de déguster le dernier pain de voyage aux noix, la salive venait jusqu'à la commissure de ses lèvres... il n'y tint plus et sortit à la hâte l'espoir de trois jours de voyage...
POOOUUUUUUUEEEEHHHH!
POUAAAAAM !
Deux cornes d'assaut venaient de résonner de part et d'autre de la verte plaine.... Franck-Albert, dont ce n'était manifestement pas une période de chance, se trouvait au beau milieu d'un champ de bataille que deux armées inconnues mais néanmoins effrayantes prenaient d'assaut...
"Crouiiiiik ! crouiiiik ! crouiiiik ! crou..."
"C'est pas le moment !"
Une flèche déjà ensanglantée vint emmener le pain aux noix de notre malheureux ami, qui voyait désormais sa dernière chance de calmer les hardeurs de son estomac s'évanouir dans un fourré....
"Crouikkkkk ! Crouikkkkkk ! Crouiiiiikkkkk ! Crouikkkkk ! Crouiiiiiiik!!!!"
C'est alors que dans une rage insensée, une fureur effroyable, Franck-Albert serra le poing sur le pommeau de son arme et s'écria d'une voix tonitruante:
"JE NE FAIS PAS POUSSER MES METS DANS LES ORTIES !!!!!!!"
L'homme en furie massacra jusqu'au dernier combattant des deux camps pour se calmer les nerfs....
"Crouik?"
... puis mit fin à ses jours en s'empalant sur sa propre lance au niveau de son estomac, les historiens ne comprennent toujours pas pourquoi...
Quoiqu'il en soit, un survivant put faire naître cette légende du guerrier solitaire, appelé Mémé qui, à lui seul, avait mis à mal deux armées décidées à en découdre... au terrible cri "Faut pas pousser Mémé dans les orties" .
Vous savez maintenant presque tout de cette expression galvaudée à tort par nombres d'ignorants au nombre desquels on ne vous comptera plus désormais.