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[Terminé]Pargias

 
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Pargias
archiduc
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MessagePosté le: 01 Fév 17:27    Sujet du message: [Terminé]Pargias Répondre en citant

Ai-je perdu la mémoire de mon passé ? Ai-je été créé magiquement comme mon premier maître a cherché à me le faire croire ? Je ne le sais pas. Mais ce que je sais est qu'un jour, je me réveillai au milieu d'un laboratoire, allongé sur une table en bois, ne sachant qu'une chose avec certitude, mon nom. Me redressant, je regardai autour de moi. La pièce était de grande taille et contenait un désordre impressionnant. Plusieurs autres tables semblables à la mienne étaient encombrées de matériel divers. Les alambics et autres ustensiles d'alchimie étaient partout. Sur d'autres tables s'empilaient des instruments dont aujourd'hui je ne peux trouver d’autre utilité que la torture, mais ceci est probablement dû à mon ignorance. Les murs étaient recouverts d'étagères sur lesquelles était entreposée une impressionnante quantité de grimoires à laquelle la collection de potions et autres ingrédients n'avait rien à envier. Et puis il y avait également cet être étrange qui m'observait. Il attendit patiemment que j'aie fini de regarder autour de moi avant de m'adresser la parole.

"Hé bien Pargias, comment te sens-tu ?"

Je ne sus que répondre pendant plusieurs minutes. Le nom qu'il avait prononcé était bien celui que j'avais en tête. L'être patienta, me laissant le temps de rassembler mes esprits. Je n'avais aucun souvenir remontant plus loin que mon réveil, et pourtant je comprenais ce qu'il disait, je reconnaissais la plupart de ce qui m'entourait et fut même capable de déchiffrer quelques étiquettes se trouvant sur divers bocaux se trouvant sur la table la plus proche. Songeant à la question qu'il venait de poser, je commençais à tâter mes membres et mon torse, puis mon visage. Tout semblait en ordre, tout semblait familier.

"Bien. Où suis-je ? Qui es-tu ?" Les questions se bousculaient dans ma tête. Pourtant je m'arrêtai pour lui laisser le temps de répondre. Il avait fait preuve de patience et il n’y avait pas de raison que je ne fasse pas pareil.

"Tu peux m'appeler maître. Je suis ton créateur et tu viens de prendre vie dans mon étude. Le travail de toute une vie !"

L'idée d'avoir un maître me répugna instantanément. Pourtant, comment aurais-je pu savoir ce qu'était un maître si je venais à peine d'être créé ? Je le regardai avec plus d'attention. Il était de grande taille et avait une musculature puissante bien visible sous ses vêtements qui n'étaient que lambeaux. Il m'était impossible de lui donner un âge, mais quelque chose dans ses yeux me laissèrent à penser qu'il avait de nombreuses années derrière lui. Ses bras découverts étaient parsemés de cicatrices. Bien que légèrement voûté, il ressemblait plus à un chasseur prêt à bondir sur sa proie qu'à un rat de laboratoire penché sur son travail. Ses mains étaient terminées par des griffes à l'apparence redoutable qui n'avaient rien à envier à celles d'un ours. Je regardai mes propres mains. Elles étaient également pourvues de griffes, quoique beaucoup plus fines, comme celles d'un félin. Mes bras étaient recouverts d'une fine fourrure de couleur bleutée tigrée de noir.

"D'où me vient cette connaissance de ce qui m'entoure si je viens d'être créé ? D'où me vient cette capacité de te comprendre, de savoir lire, de savoir raisonner ?"

Le résultat était tellement grimaçant que je ne sus pas sur le moment si ce qui s'afficha sur le visage de l'être était un sourire. Ce n'est que quand il me répondit que je supposai que c'en était un tellement il semblait satisfait.

"Hé bien je t'ai implanté tout cela en te créant, et il semble que j'ai bien réussi ! Tu as même reconnu le nom que je t'ai donné. Tu as encore beaucoup de choses à apprendre, à commencer par contrôler ce corps au mieux et tout ce que je t'ai implanté d'autre. Cela te prendra du temps, mais ça tombe bien, du temps tu en auras beaucoup !"

Il m'en fallut d'ailleurs pour absorber tout ce qu'il venait de me dire. C'était une bonne chose qu'il ne parut pas pressé. Je décidai de commencer à mettre en œuvre cet apprentissage de mon corps en sautant à terre. Je faillis perdre l'équilibre en me rattrapant. De toute évidence, il avait raison. Je connaissais déjà beaucoup de chose, mais le chemin à parcourir promettait d'être encore long. Je le fixai tout de même avec un air de défi.

"Je n'aime pas l'idée d'avoir un maître !"

Encore une fois son visage afficha la même grimace.

"Je sais, c'est ainsi que je t'ai créé. Mais vois-tu, je n'ai pu implanter que des connaissances, mais pas véritablement des souvenirs. C'est pour remplacer ceux-ci que je serai maintenant ton maître. Considère donc cela surtout comme un nom allant avec la fonction de mentor plutôt que celle d’esclavagiste. Sache que tu pourras prendre congé quand tu le voudras pour errer librement à ta guise dans le monde auquel je t'offre."

"Bien, j'accepte", répondis-je comme si j'avais le choix. Ce choix il me l'avait offert, et pourtant, ne sachant rien de ce monde, je ne l'avais pas véritablement. Il me parut important d'avoir au moins un aperçu de ce qui m'attendait avant de me lancer à l'aventure. "Quand commençons-nous ?"


Dernière édition par Pargias le 28 Aoû 14:30; édité 4 fois
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Pargias
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MessagePosté le: 05 Fév 11:04    Sujet du message: Répondre en citant

Mon maître me regarda avec intensité, comme cherchant à percer mes sentiments. Pour l’instant, ce qui comptait le plus pour moi était bel et bien d’apprendre. Je préférais ne pas prêter attention aux autres motivations que je pourrais avoir. Il serait temps plus tard de s’en préoccuper.

"Suis-moi", dit-il tout simplement. Nous sortîmes de la pièce pour nous retrouver dans un couloir qui semblait s'allonger à l'infini d'un côté comme de l'autre. Il était percé d'une multitude de portes semblant réparties à intervalles réguliers. Je ne voyais aucune source de lumière, et pourtant le couloir entier était assez brillamment illuminé, l'air d'une telle clarté que rien ne venait entraver la vision. Mon maître s'engagea vers la droite et je le suivis, tentant d'ajuster ma démarche à la sienne. Il marchait avec une souplesse presque étonnante pour un être d'une telle taille, mais cela ne faisait que confirmer l'impression que j'avais eue dans un premier temps, il était aussi vif que puissant.

De mon côté, j'avais une démarche légèrement boitillante, ayant encore du mal à contrôler ce corps qui me semblait pourtant si familier. Bien que sentant des muscles rouler sous ma fourrure, je me sentais faible, insignifiant. Cette impression était augmentée par la masse de celui que je suivais. Je n'arrivai pas à me concentrer suffisamment pour essayer de me repérer en comptant les portes et fus donc rapidement perdu. Je me contentai de repasser dans ma tête la conversation que nous avions eue, cherchant d'éventuels souvenirs autres que mon nom. J'étais tellement perdu dans mes pensées que je faillis percuter mon guide quand il s'arrêta pour ouvrir une porte sur la gauche. J'avais totalement perdu la notion du temps et n'avais aucune idée de si la marche n'avait duré que quelques instants ou de longues minutes.

La pièce dans laquelle nous pénétrâmes était d'une taille semblable à celle que nous avions quitté, mais le décor en était totalement différent. Les murs étaient entièrement nus, et elle ne disposait d'aucun meuble en dehors d'une simple table et de deux chaises en bois d'apparence relativement frêle, disposées face à face. Mon maître s'assit sur l'une d'elle et je craignis pendant un instant qu'elle ne s'effondre sous son poids, pourtant elle n'émit même pas un grincement. Je m'assis sur celle d'en face et attendit qu'il commence. Il sembla perdu dans ses pensées pendant un certain temps, réfléchissant à la meilleure façon de commencer.

"Le monde dans lequel tu vas aller, vois-tu est avant tout immatériel. Si tu te souviens de cela, alors tu pourras comprendre beaucoup plus vite ce qui s'y passe. De cela résulte le fait que tout est possible…"

Immatériel ? Quel intérêt alors d'apprendre à contrôler mon corps ? Dans un monde immatériel, seul l'esprit doit compter, et si tout y est possible, alors il convient simplement de former son esprit à pouvoir faire ce que l'on y veut. Pourtant, il continua avant que je ne puisse poursuivre mes réflexions ou les exprimer à voix haute.

"Ou presque. En fait il y existe de nombreuses règles, et il est basé sur une idée physique qui fait que l'esprit doit être capable d'évoluer dans un monde physique pour mieux s'adapter à celui-là."

Je me sentais déjà perdu, et cela se voyait puisque mon maître le remarqua.

"Ne t'inquiète pas si tu as du mal à saisir. Tout cela te paraîtra plus clair un jour. Ces idées que je te mets en tête, tu pourras les retourner encore et encore lorsque tu seras sur ce monde, et elles t'aideront à le comprendre et à en tirer le meilleur parti. Il est normal que tout cela paraisse confus pour le moment."

"Comment vais-je même pouvoir ressasser tout cela dans ma tête? Je me sens tellement perdu que je ne suis même pas sûr de pouvoir me souvenir de tous ces mots", dis-je tout en pensant que cela n'exprimait même pas totalement le brouillard dans lequel je me sentais après seulement quelques minutes.

"Ne t'inquiète pas, cela viendra, et tu auras autant de temps que tu le désireras pour me poser des questions," répondit-il, insistant bien sur le fait que le choix était le mien. Pourtant, je restais silencieux, ne sachant par où commencer à poser des questions. Il continua donc.

"Bien ! Je vais donc maintenant commencer à te raconter un peu ce monde. Peut-être cela éclaircira-t-il un peu tes pensées."

Le sourire que je commençais à connaître s'afficha à nouveau sur son visage. De toute évidence, ce dont il allait parler lui était cher, et il avait vraiment envie de le partager.
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MessagePosté le: 08 Fév 9:36    Sujet du message: Répondre en citant

"Le monde dans lequel tu vas te rendre est un monde en conflit permanent. Ces guerres n'ont en vérité plus vraiment de sens, et tous les protagonistes en ont oublié l'origine. Ils continuent à se battre pour les mêmes raisons qu'ont lieu la plupart des guerres, par habitude et par désir de pouvoir. Tout cela est bien entendu alimenté par les haines qui s'accumulent au court des combats et des carnages, chacun voulant venger les siens, oubliant que ceux des leurs qui sont morts sont souvent eux-mêmes victimes des vengeances de ceux dont ils ont tué des amis ou des compagnons."

Je m'inclinai légèrement en avant pour signaler que j'avais l'intention de parler. Il s'interrompit et me regarda avec curiosité. Il avait parlé relativement lentement pour me laisser le temps de bien enregistrer ce qu'il me disait.

"Pourquoi m'envoyer dans ce monde violent ? Pourquoi ne pas avoir choisi un monde plus calme ? Si tu as eu tant de mal à me créer, pourquoi risquer de me voir disparaître rapidement ?" Je n'avais pas véritablement peur d'aller au combat, bien que ne sachant en même temps pas véritablement à quoi m'attendre. Mais le choix d'un tel monde me paraissait véritablement étrange.

"Tu le comprendras bientôt je pense. Quand je parlais des protagonistes, donc, il s'agit essentiellement de quatre grands peuples. Certains se risqueraient à parler de race, mais en vérité, il s'agit bien de peuples, étant donné que certains habitants de ce monde errent de peuple en peuple à la recherche de leur place. Certains êtres viennent même d'autre monde, et ils sont donc les seuls représentants de leur race sur ce monde."

Je pensais à moi-même apparemment créé de toute pièce par mon interlocuteur. Sans doute serais-je également dans ce cas, un être unique dans le monde dans lequel il voulait m'envoyer, à moins qu'il ne m'ait fait à l'image de l'une des races qui s'y trouve. Encore une fois il sembla lire dans mes pensées.

"Toi-même sera l'un d'eux. Mais sache qu'étant donné la nature même de ce monde, ton corps pourra s'adapter pour devenir ce que tu souhaites, à condition que tu le souhaites suffisamment."

Je compris alors qu'il faisait référence à cet aspect immatériel dont il avait parlé. Donc, même si tout n'y était pas possible, certaines choses l'étaient qui ne sembleraient pas naturelle en d'autres endroits. Il me tardait d'en savoir plus.

"Et quels sont ces peuples ?"

"Le premier est le peuple humain. Par nature, ils sont les êtres les plus faibles. Ils sont relativement fragiles et petits, presque chétifs comparés aux autres. Mais ils compensent cela de nombreuses façons. Pour commencer, ils sont le peuple le plus nombreux, ce qui est parfois un atout non négligeable, bien que pas toujours. Ensuite, ils sont probablement ceux qui savent le mieux utiliser des 'outils' pour compenser leur faiblesse. Ainsi utilisent-ils de montures pour se déplacer, des armures pour se protéger et des armes toujours plus perfectionnées pour combattre."

Je baissai les yeux sur les mains de mon maître. S'il avait combattu sur ce monde, il n'avait certainement pas besoin d'arme pour cela. La musculature de ses bras et la taille de ses griffes étaient certainement suffisants pour mettre n'importe quel ennemi en lambeaux. Je regardai ensuite les miennes. Elles n'étaient pas aussi impressionnantes, mais leur seule présence impliquait que je pourrais m'en sortir sans la nécessité de posséder des armes. Il me faudrait tout de même apprendre à m'en servir dans un premier temps. Bien que n'ayant aucune mémoire du combat, je me sentais pourtant prêt à m'y lancer à cœur perdu.

"Ce qui fait leur force également est leur imprévisibilité. Se trouvent parmi eux les meilleurs comme les pires, des êtres pleins de bonté et d'honneur comme les êtres les plus vils et les plus lâches. Leur vaillance atteint parfois le fanatisme, et ceux qui croient en leur Dieu y trouvent une force parfois incomparable."

Leur Dieu ? J'avais la notion de ce qu'un dieu pouvait être, mais dans le ton de mon maître se trouvait un vague respect, quelque chose qui me disait que les dieux sur ce monde étaient plus qu'une simple abstraction. Allais-je rencontrer des dieux si je me rendais là-bas ?

"Il te sera difficile de t'intégrer parmi eux avec ton apparence actuelle, car ils sont relativement peu tolérants envers la différence. Sans doute peuvent-ils se le permettre plus que n'importe quel autre peuple."

Mon maître fit une pause. Attendait-il que je lui pose une question ? Voulait-il s'assurer que j'avais bien compris ce qu'il avait dit ? Je me demandais si ce peuple pourrait me plaire. Côtoyer les meilleurs serait certainement enthousiasmant, mais je n'étais pas sûr de pouvoir me plaire si on y trouvait également ce qui se faisait de pire. D'autre part, je n'étais pas sûr d'être prêt à abandonner ma forme actuelle, même si je ne la connaissais que depuis peu de temps. De toute façon, il était inutile de vouloir décider quoique ce soit sans avoir entendu qui était les autres. Je réalisai que j'avais dû rester silencieux pendant un certain temps. Je levai les yeux pour lui faire signe de continuer, mais il se leva.

"La suite viendra plus tard. Pour l'instant, nous allons voir ce que nous pouvons faire pour améliorer la maîtrise de ton corps. Suis-moi".
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MessagePosté le: 13 Fév 10:18    Sujet du message: Répondre en citant

Il m'amena à nouveau dans le couloir. Il tourna à gauche et laissa passer une vingtaine de portes avant d'en ouvrir une sur la droite. Cette pièce avait les mêmes proportions que les précédentes. N'ayant vu aucun signe distinctif sur les portes ni à aucun moment dans le couloir, je me demandai comment il pouvait d'orienter dans ce lieu. Malgré le chemin que nous avions parcouru, le couloir semblait continuer de s'étendre à l'infini.

La pièce dans laquelle nous entrâmes contenait de nombreux appareils d'exercice. Mon maître me les présenta l'un après l'autre, me montrant comment les utiliser avant de sortir, me disant qu'il reviendrait dans quelques temps. J'eus donc l'occasion de soulever des poids, de courir, de sauter, de grimper. Je commençais chaque activité doucement avant d'augmenter la vitesse ou la difficulté tant que je me sentais à l'aise. Je fus moi-même surpris de la vitesse à laquelle je progressai, et rapidement sentis que je n'avais plus rien à apprendre ici. Je ne savais pas combien de temps j'y avais passé, mais il me semblait que ce n'était pas plus de quelques heures, et je possédais maintenant une bonne maîtrise de mon corps. L'autre chose qui m'étonna était que je ne ressentais aucune fatigue. Alors que j'étais sur le point de m'asseoir pour repenser un peu à tout ce que j'avais appris depuis mon réveil, la porte s'ouvrit et mon maître entra. M'avait-il espionné par quelque interstice secret pendant tout ce temps-là ?

"Bien, puisque tu as finis, nous allons reprendre notre conversation."

"Comment se fait-il que je ne ressens aucune fatigue après tous ces efforts ?" demandai-je.

"Ne t'inquiète pas, tu en ressentiras. Mais pas ici. Ici, c'est moi qui défini les règles, et j'ai décidé que la fatigue était quelque chose d'inutile pour le moment."

"Ici ? Et de quelles règles parles-tu ?" Je recommençais à me sentir confus par les propos qu'il tenait.

"Laisse-moi encore une part de mystère," dit-il en me lançant un clin d'œil. "Lorsque tu finiras par comprendre le monde dans lequel je vais t'envoyer, alors tu comprendras également celui-ci et les propos que je viens de tenir. Si la fatigue ne t'empêche pas de réfléchir," ajoute-t-il avec un second clin d'œil.

Sur ces mots, il sortit de la pièce en me faisant signe de le suivre. A ma grande surprise, il partit vers la droite. Je m'étais pourtant attendu à ce que la conversation continue dans la même pièce que précédemment. Il s'arrêta seulement deux portes plus loin sur la gauche, et je ne pus empêcher ma mâchoire de tomber lorsque je constatai que cette pièce semblait être celle dans laquelle nous avions discuté auparavant. Les chaises étaient exactement dans la position où nous les avions laissées lorsque nous avions quitté la pièce. Je me demandai s'il cherchait à me perdre. Peut-être avait-il passé le temps pendant lequel je m'étais entraîné à préparer cette pièce. Il parut lire dans mon esprit.

"Mystère, mystère. Tu comprendras plus tard, le temps n'est pas encore venu. Si je te disais tout, tu perdrais le plaisir de la découverte. Assied-toi maintenant."

J'obtempérai, sentant tout de même une certaine rage face à ce qui ressemblait à de la moquerie.

"Parlons du second peuple maintenant. Il s'agit des démons. C'est un peuple généralement amateur de violence, de cruauté et de guerre. Ils n'ont pas la solidarité que l'on trouve souvent parmi les humains, mais compensent par une force et une sauvagerie supérieures. Néanmoins chez eux aussi une grande variété existe. On ne trouve pas de bonté chez eux, mais certains ont tout de même un sens de l'honneur développé. Le chaos, qu'ils apprécient, est source des arts et on trouve parmi eux de nombreux créateurs. En tant que peuple, ils ne sont pas aussi cruels, sauvages et indisciplinés qu'eux-mêmes et leurs ennemis voudraient le croire, mais cela n'empêche pas qu'ils le sont plus que tout autre. Vivre parmi eux n'est pas de tout repos, et certainement pas pour ceux qui désirent le calme et la paix."

Les mots qu'il avait prononcés me laissaient penser que parmi eux je pourrai trouver la liberté de m'exprimer. Si je n'avais pas l'impression que la sauvagerie faisait partie de mon âme, certainement se retrouver parmi les démons pourrait m'amener dans une atmosphère compétitive. Et cela était quelque chose qui m'attirait. Néanmoins, je n'étais pas sûr que l'individualisme et le chaos soient ce que je cherchais. En fait, je ne savais même pas qui j'étais. Les réflexions que j'avais suite aux conversations m'aidaient à tenter de le découvrir, mais j'avais la sensation que le chemin était encore très long.

"Comme on peut s'y attendre, les démons sont un peuple disparate. Personne ne s'y posera de question sur ton apparence si tu désires la conserver. Mais cela est également le cas des deux derniers peuples. Parmi les démons il te sera difficile de trouver ta place si tu ne t'imposes pas, si tu ne montres pas force et ambition. Il faudra même parfois être prêt à écraser les autres membres de ton propre peuple si tu veux te faire entendre."

Je décidai d'attendre la suite de son exposé, de connaître les quatre peuples avant de prendre une décision quelconque. Je supposais que chaque peuple avait ses qualités et ses défauts, des points qui m'attireraient et d'autres qui me repousseraient.
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MessagePosté le: 16 Fév 10:11    Sujet du message: Répondre en citant

Plutôt que de continuer sur le peuple suivant, il se leva à nouveau.

"Il est temps maintenant de commencer à t'enseigner l'art du combat. Cela prendra beaucoup plus de temps que la simple maîtrise de ton corps, car tu vas cette fois devoir affronter un élément beaucoup moins prévisible que de simples appareils inanimés. Nous ferons donc plusieurs sessions."

Cette fois encore il partit vers la gauche. N'allions nous parcourir ce couloir que dans un seul sens ? Peut-être alors aurais-je fini ma formation une fois que nous en arriverions au bout, quoique celui-ci était toujours hors de vue. Juste avant de me lever et de partir, je pris soin de laisser une légère trace sur ma chaise à l'aide d'une de mes griffes. Je fis ensuite de même sur la porte. Je voulais enfin savoir ce qu'il en était de ce lieu étrange. Quelques portes plus loin il s'arrêta, comme je m'y attendais cette fois-ci, devant une porte qui se trouvait sur la droite.

Cette pièce était entièrement vide. La seule chose remarquable était le fait que le sol était recouvert d'une herbe dense, arrivant jusqu'au niveau de mes chevilles. L'idée de faire pousser de l'herbe à l'intérieur me parut saugrenue, mais je préférai me taire et attendre la suite.

"Dans un premier temps, je veux que tu comprennes certaines choses. Tu peux, et même dois, m'attaquer avec toute ton énergie et ton talent. Il faut que tu apprennes à ne pas te retenir. Sinon, lorsqu'arrivera l'heure de ton premier véritable combat tu risques de connaître une hésitation qui pourra t'être fatale. Ne crains aucunement de me blesser, ce n'est pas ton problème mais le mien."

Je hochai la tête pour montrer que j'avais bien compris, et pourtant je savais déjà qu'il me faudrait du temps pour lui porter des coups de toutes mes forces. Bien que ne ressentant pas véritablement un attachement affectif, il était le seul être que je connaissais, et surtout j'avais peur de ne pas réussir à me sortir de ce lieu sans son aide. L'idée d'errer ici éternellement n'était pas vraiment pour me plaire.

"Pour te montrer un peu ce que tu as à apprendre, je vais commencer par te laisser m'attaquer à volonté. Essaye simplement de me toucher avec tes griffes ou toute autre partie de ton corps avec laquelle tu penses pouvoir m'attaquer." Il finit ces mots en se voutant légèrement, comme un fauve prêt à bondir sur sa proie. Je reculai instinctivement d'un pas avant de réaliser que c'était à moi de l'attaquer.

J'avançais donc vers lui aussi tranquillement que possible, et une fois à portée, je tentai de lui donner un simple coup de poing. Il se recula juste assez pour rester hors de portée de mon attaque. Après plusieurs tentatives, je décidai d'enchaîner sur un coup de pieds pour tenter de lui frapper le genou, immédiatement après un coup de poing. Mais alors que mon pied décrivait un arc, il se contenta de soulever les jambes pour esquiver mon attaque. Son saut avait été tellement bien réalisé qu'il avait semblé flotter en l'air pendant un instant, le reste de son corps quasiment immobile en dehors de ses jambes. L'effet était d'autant plus impressionnant étant donné que la masse de son corps ne semblait pas devoir permettre une telle légèreté. Plus le temps passait, plus j'essayai d'enchaîner rapidement les coups, inventant de nouvelles façons de frapper, et pourtant à chaque fois il esquivait mes coups avec une facilité déconcertante. Je réalisai soudain que cela faisait longtemps que je ne retenais plus mes coups, les appuyant autant que possible dans la frustration de ne pas parvenir à le toucher. Et soudain, il bloqua un de mes coups de poings avec sa main. Sous la surprise, j'arrêtai d'attaquer.

"Cela suffit pour le moment. Je suis content de voir que tu as progressé en vitesse, et que tu n'as cessé de tenter de nouvelles choses. Cette imagination au cœur d'un combat est ce qui pourra te permettre d'exceller. Je pense que tu as les capacités que j'espérais, mais maintenant il va te falloir apprendre ce que l'instinct ne t'a pas donné. Comment expliques-tu qu'en tout ce temps tu n'es pas parvenu à me toucher, et je ne parle même pas de blessure ?"

Je pris le temps de réfléchir. Mon maître avait passé tout son temps à reculer, pas après pas à chaque fois juste assez pour esquiver mes coups. Il me semblait qu'il prévoyait mes coups et était tout simplement plus rapide que moi. Mais même ainsi, je ne l'avais même pas effleuré une fois. A force de le pousser en arrière, j'aurais dû finir par le bloquer, ce qui n'était jamais arrivé. C'est alors que je réalisai ce qu'il avait voulu dire.

"Je n'ai pas réussi à te piéger dans un coin où tu n'aurais pas pu continuer de reculer." Ma voix contenait un ton légèrement interrogatif, je n'étais malgré tout pas encore sûr que c'était ce qu'il attendait.

"En effet. Il faut que tu réalises combien le déplacement est important. Savoir se déplacer et surtout amener son adversaire à se déplacer comme on le veut peut souvent amener à la victoire. C'est relativement facile à faire quand on domine son adversaire. Ainsi, si je me contente d'esquiver sans riposter, il te sera facile de tenter de m'acculer dans un coin. Cela devient beaucoup plus difficile face à un adversaire à sa mesure."

"Puis-je essayer encore ?"

"Bien entendu. C'est pour cela que nous sommes ici."

Je me relançais à l'assaut, faisant attention de porter des attaques tantôt vers la gauche, tantôt vers la droite, me déplaçant moi-même pour tenter de lui bloquer le passage et le forcer dans la direction du coin le plus proche. Trois fois, alors que j'étais sur le point de le coincer, il parvint à réaliser une esquive lui permettant d'échapper au piège. Mais la quatrième fois fut la bonne. Même alors qu'il était coincé, il parvint tout de même à éviter encore quatre attaques avant de devoir bloquer la cinquième, ce qui me sembla être le signal qu'il était temps d'arrêter. Je ne pus m'empêcher de sourire après avoir enfin réussi à le toucher.

"C'est très bien. Tu as bien progressé. Mais sache que la prochaine fois, ce ne sera pas aussi facile." J'eus envie de répliquer que même cette fois-ci ça n'avait pas été facile. Je mesurai ce qu'il me restait encore à apprendre. Finalement, je n'avais plus autant envie de quitter immédiatement ces lieux. J'avais trouvé ce qui semblait être le maître idéal.

"Et sur ce monde où tu vas m'envoyer, comment sont les combattants ?" demandai-je.

"Certains sont redoutables. Vois-tu, il n'y a pas plus de limite dans ce monde qu'il n'y en a ici."

"Etais-tu le meilleur d'entre eux ?" J'étais convaincu qu'il avait été sur ce monde, qu'il y avait passé du temps.

"Le choses ne sont pas aussi simples. Peut-être apprendras-tu la réponse un jour, mais je ne te la donnerai pas aujourd'hui." Il n'avait donc pas nié avoir été sur ce monde. Cela voulait-il dire quelque chose ? J'en étais persuadé.
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MessagePosté le: 19 Fév 14:45    Sujet du message: Répondre en citant

Mon maître avait donc des choses à cacher. Les autres questions auxquelles il n'avait pas répondu ne m'avaient pas paru comme de la dissimulation au même titre que celle-ci. Je comptais bien en savoir plus rapidement, mais cela demanderait de savoir le manœuvrer pour en tirer les réponses petit à petit. Je ne savais pas encore si j'en aurais le temps et les capacités. Il disposait d'une expérience que je n'avais pas.

"Allons reprendre nos discussions. Plus tu en sauras, plus tu seras à même de comprendre rapidement le monde dans lequel tu vas te rendre et peut-être obtenir toi-même toutes les réponses à ces questions que tu te poses."

Je le suivis dans le couloir, selon le scénario habituel, suivant le couloir toujours dans la même direction. Je constatai que la porte ne disposait pas de la marque que j'avais laissée, tandis qu'elle se trouvait sur la chaise. Pourtant, il avait passé tout son temps avec moi et n'avait pas eu l'occasion d'aller déplacer le mobilier d'une pièce dans une autre. Cela signifiait que quelqu'un d'autre se trouvait dans le complexe et aidait mon maître à me jouer des tours pour semer la confusion dans mon esprit. Ou alors il y avait quelque chose de vraiment étrange concernant ce lieu. Cela était d'ailleurs un fait, puisque je réalisai que malgré le temps qui était passé, les exercices que j'avais fait, je n'avais pas encore dormi, ni mangé. Pourtant, je savais ce qu'était la faim et la fatigue, et j'avais même la mémoire des sensations qui les accompagnaient, mais je ne les avais toujours pas ressenties.

"Je suppose que tu vas me parler du troisième peuple ?"

"En effet. Il s'agit d'un peuple arrivé plus récemment dans la bataille. Pourtant, ils s'y sont jetés comme si elle les avait toujours concernés. Les Centaures, nouveaux venus et faibles face à des peuples bien installés et nombreux, ont opté pour la voie de l'organisation pour s'en sortir. Pendant longtemps ils ont misé sur cette organisation et ont rapidement réussi à s'imposer comme un peuple puissant sur lequel il fallait compter. Sans doute purent-ils même être considérés comme les plus puissants à un moment donné. Mais la rigidité de leur organisation a fini par créer un carcan qui n'a pas résisté lorsque des dissensions sont apparues dans leurs rangs. La déchéance dans laquelle ils se trouvent est à la hauteur de la gloire qu'ils ont atteinte. Ils ont toujours été accueillants pour ceux qui voulaient les rejoindre, quelque soit leur apparence, mais demandaient à leurs membres l'adhésion à cette lourde structure qu'ils avaient créée s'ils voulaient en obtenir tout le soutien."

Ce carcan qu'ils avaient créé avait tout pour m'effrayer, me repousser. Comment s'exprimer en toute liberté dans un tel peuple, je ne pouvais le concevoir. Quels êtres étaient prêts à endurer de telles contraintes ?

"Ce carcan a maintenant disparu. Les Centaures ont besoin de se reconstruire, et cela est certainement une tâche pénible qui se trouve devant eux. Mais le souvenir de ce qu'ils ont été pourrait suffire à leur donner l'énergie de se redresser. Reste à voir s'ils choisiront de suivre la voie de leur prédécesseurs ou s'ils trouveront une nouvelle voie."

Maintenant les choses devenaient intéressantes. Quel défi que de les aider à se relever ! Cela pourrait également me donner l'opportunité de faire entendre ma voix. La reconstruction après le chaos est le meilleur moment pour s'élever rapidement dans une hiérarchie, et surtout pour guider celle-ci dans la direction souhaitée.

"Et qui sont-ils vraiment?"

"Ce sont des êtres pleins de contradiction. Sans doute ces contradictions sont-elles en partie la raison de leur parcours. Ils ont toujours été relativement proches de la nature, cherchant à la protéger. C'est parmi eux que se sont pendant longtemps trouvé les amis des loups. Et pourtant ils ont rapidement recherché l'abri des forteresses, de pierre artificielle. Ils ont d'ailleurs conservé longtemps une position dans celles-ci. Dans leur désir multiculturel d'accueil et d'amitié, ils ont pourtant créé un système rendant très difficile pour chacun d'exprimer ses différences."

Moi aussi je me sentais plein de contradiction, certaines réelles et certaines juste dans mon imagination. Je venais à peine de m'éveiller à la vie et pourtant je disposais de connaissances importantes. Je ne souhaitais rien tant que l'aventure, et pourtant je me contentais de rester à écouter mon maître me parler et me guider. Je voulais connaître l'excitation du combat, mais l'expérience face à mon maître avait tout pour m'effrayer. Peut-être ce peuple était celui qui pourrait me convenir. J'attendais avec impatience la description du dernier pour faire mon choix.

Et pourtant, je sentais qu'il y avait beaucoup de chose à dire en plus de la simple présentation des races. Allais-je le quitter dès qu'il aurait fini la quatrième ou attendre qu'il m'en dise plus. Après tout, il avait suggérer qu'il avait des choses à me dire qui m'aideraient à comprendre le monde, et la seule liste des races ne pouvait être tout ce qu'il avait à dire.

"De quel peuple faisais-tu partie toi-même ?"

"A cela encore je ne répondrai pas. Le choix du peuple que tu vas rejoindre devra être entièrement le tien. Il est évident que mes propos peuvent t'influencer, mais rapidement tu seras capable de te faire ta propre opinion. Je veux que tu aies les moyens de faire un premier choix, mais je ne veux pas t'orienter plus que cela dans tes choix futurs."

Je remarquai qu'il n'avait pas nié avoir fait partie de l'un de ces peuples. Tout dans mon intuition me poussait à croire qu'il avait vécu sur ce monde par le passé. Peut-être découvrirais-je sa véritable identité une fois sur ce monde.
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MessagePosté le: 22 Fév 9:44    Sujet du message: Répondre en citant

"Veux-tu continuer l'entraînement, Pargias ?"

Comme c'était la première fois qu'il me laissait vraiment le choix de ce que j'allais faire, j'hésitai pendant un moment. J'optai finalement pour l'exercice. Je préférai prendre le temps d'accumuler la connaissance petit à petit plutôt que de risquer d'être confus par trop d'information à la fois. Il s'exprimait souvent en peu de mots, et même si nos conversations n'étaient pas très longues, elles me donnaient tellement à réfléchir qu'il était aussi bien que les coupures soient fréquentes.

"Oui. Que me proposes-tu cette fois-ci ?"

"Suis-moi."

Quelques portes plus loin, nous pénétrâmes dans une nouvelle pièce. Le sol était recouvert d'une couche de sable suffisamment épaisse pour que nous y laissions des empreintes profondes. Les murs étaient quasiment invisibles, entièrement recouverts de râteliers d'armes. Pour beaucoup d'entre elles, l'usage me paraissait évident. Il y avait des épées de toutes tailles et de forme très variés, a simple ou double tranchant, à lame courbe ou droite, épaisse ou fine, parfois avec des barbelures, avec ou sans garde. Mais le choix était presque aussi important au niveau des haches, des lances, des masses ou des couteaux.

L'usage de certaines autres armes était beaucoup moins évident. Lorsque je le questionnais, mon maître me dit qu'il s'agissait d'armes adaptées à certaines races. Il y avait par exemple une sorte de harnais permettant à des êtres ailés et dépourvues de mais de lancer des projectiles en plein vol. Une autre permettait à un être serpentiforme d'utiliser sa queue comme un fléau. Et la liste s'allongeait ainsi. Je me demandai combien de mondes mon maître pouvait avoir visité pour connaître de telles armes. A moins que dans la grande variété des races semblant peupler le monde où j'allais me rendre se trouvent tous ces êtres d'exception.

"Nous allons commencer classique, mais par la suite, tu pourras choisir ce que tu veux." En disant cela il prit deux épées de taille moyenne, à lame plutôt fine. Ces armes étaient légères et facile à manier. Dans un coin de la pièce se trouvait deux espèces de mannequin en bois. "Pour commencer tu vas essayer de faire les mêmes gestes que moi."

Il abattit son épée vers la tête du mannequin, avant de reculer son bras au dernier moment pour ne pas le toucher. Lorsqu'il avait reculé son bras, la lame de l'épée était restée exactement dans la même orientation qu'elle avait eue au moment où elle avait failli toucher la tête. Bien qu'il me semblât ridicule d'esquiver ainsi sa cible, je tentais de faire de même. Pourtant, au moment où je reculai mon bras, je ne pus empêcher la lame de continuer un peu de descendre et elle effleura le bois, y laissant une légère marque. Bien que la lame soit relativement légère, son poids avait tout de même était rendu trop important par le mouvement pour que je puisse complètement l'arrêter. Je regardai un instant les bras de mon maître.

"Cela est certainement plus facile pour toi. Tu as des muscles beaucoup plus importants que les miens. Il est logique que l'arme soit plus facile à manier pour toi."

"Crois-tu ?" Me laissant sur cette interrogation, il s'éloigna pour aller chercher une autre épée. Il s'agissait d'une lame de grande taille, relativement épaisse. Rien qu'à la voir, je doutais presque de pouvoir la soulever. Il se plaça face au mannequin et reproduisit à la perfection le mouvement qu'il venait de faire, bloquant la lame en plein mouvement juste avant qu'elle n'effleure le mannequin.

"La force ne fait que faciliter ce que le bon maniement rend possible. Ce qu'il te faut, c'est ressentir l'équilibre de l'arme, et être capable d'anticiper ce changement d'équilibre lorsque tu tenteras un mouvement. Savoir anticiper cela te permettra d'anticiper le résultat de l'impact de ton arme contre celle de ton adversaire, pour ne pas te trouver déséquilibré, et pour ne pas lâcher ton arme sous l'effort. Veux-tu essayer à nouveau ?"

Je tentais à nouveau le mouvement plusieurs fois avant d'être capable d'anticiper parfaitement la réaction de mon arme et de pouvoir reproduire sans erreur le geste de mon maître. Il enchaîna alors sur un autre mouvement, puis un autre encore, certains impliquant de frapper le mannequin, d'autres pas, attendant à chaque fois que je parvienne à comprendre exactement comment l'imiter avant de continuer.

"Maintenant, attaque-moi. Et ne retient pas tes coups."

Avec une vitesse et une force grandissante, je cherchais à le frapper, et à chaque fois il se contentait de placer son épée sur la trajectoire de la mienne avec une facilité déconcertante. A chaque fois je m'attendais à ce que ma frappe soit encaissée comme si je frappais sur un mur, et fus capable d'enchaîner de plus en plus facilement après les impacts. Jusqu'au moment où au lieu de parer mon coup, il se contenta de le dévier. Je perdis l'équilibre et me retrouvai face dans le sable avant d'avoir eu le temps de réagir. Je me relevai soudainement et avec une certaine rage, qui ne fit qu'augmenter face à son sourire que je pris pour une moquerie. Je frappai encore, mais cette fois il me désarma d'un simple mouvement de poignet. Que pouvais-je faire face à un tel combattant ?

"J'ai triché," dit-il d'un ton légèrement rieur. "J'ai changé de méthode de parade sans t'en avertir."

"Un véritable adversaire ne m'avertira pas non plus," dis-je la mine piteuse.

"En effet ! Il faut donc que tu sois capable de te concentrer sur chaque coup jusqu'à la fin du combat. Si tu doutes, essaye de rompre le combat. Cela peut éclaircir les idées, à condition que tu sois capable de te mettre hors de portée de ton adversaire avant qu'il ne puisse profiter de ton recul. Même un très bref instant de répit peut souvent remettre les idées en place."

"Je suppose qu'une bonne maîtrise de mes déplacements peut aider," répondis-je en me souvenant de ma leçon précédente.

"Oui, et aussi le fait qu'il faut que tu te souviennes que bien que chaque arme ait son propre équilibre, il faut que ce soit toi qui soit maître de cet équilibre et non ton arme."
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MessagePosté le: 27 Fév 9:45    Sujet du message: Répondre en citant

Nous continuâmes l'exercice pendant encore une durée qui me parut interminable. J'attaquais et il parait, mais cette fois en variant les parades. Alors que l'exercice avançait, je me mis à nouveau à essayer de maîtriser notre déplacement à tous les deux pour essayer à nouveau de l'acculer dans un coin. Mais la donne était changée. Par ses parades, il pouvait lui-même influer sur mes propres déplacements autant que sur les siens. Je me dis que lorsqu'en plus de la parade il y ajouterait l'attaque, il serait capable de me mener comme un chien le fait de berger pour un mouton. Il finit par arrêter la séance.

"C'est bien Pargias, je vois que les leçons précédentes ne sont pas perdues."

"Et pourtant, je n'ai pas réussi à t'amener où je le voulais."

"Ce n'est pas grave, tu as essayé. Ce n'est qu'avec le temps et l'expérience que tu progresseras. Je peux te donner les bases et les conseils, te dire à quoi faire attention, mais je ne peux remplacer l'expérience."

"Et pourtant, tu as été capable d'implanter en moi de nombreuses connaissances, qui normalement viennent de l'expérience. Pourquoi pas celle-ci ?" Dis-je d'un ton accusateur.

"J'ai pu t'implanter des connaissances, mais pas les moyens de bien les utiliser. Après tout, tu savais ce qu'est une épée avant même d'en voir. Et si tu avais vraiment pris la peine d'y penser, tu aurais compris toi-même la plupart des conseils que je t'ai donnés. Mais rien ne vaut l'expérience pour être véritablement capable d'en faire bon usage."

"Je comprends, enfin, je crois …" Je baissais la tête, dans mon incertitude. Je me sentais légèrement coupable de l'avoir attaqué alors qu'il semblait tout faire pour m'aider et me préparer. Mais après tout, il était responsable de mon existence comme elle était. Et s'il avait effectivement implanté en moi ce besoin de liberté, alors il avait également dû implanter mon caractère et devrait faire avec. Il était pleinement responsable de la situation.

"Même si j'avais pu te l'implanter, rien ne vaut le plaisir de l'apprentissage de toute façon. Je pense que tu tiens toutes tes promesses et même plus. Il est temps de continuer à parler."

"Et pourquoi ne le faisons nous pas ici ? Quel intérêt de changer sans arrêt de salle ? Essayes-tu de semer la confusion dans mon esprit avec ce couloir sans fin ?" J'avais enfin décidé de parler ouvertement pour évacuer un peu ma frustration.

"Semer la confusion ? Non, pas spécialement. J'expérimente et j'apprends en le faisant. Comme je te le disais, le plaisir de l'apprentissage est quasiment sans égal. Veux-tu parler ici, Pargias ?"

J'hésitai. Après tout, ces trajets me faisaient des coupures qui étaient les bienvenues, surtout maintenant que j'avais compris qu'il ne servait pas à grand-chose de compter les portes et de se soucier de la direction dans laquelle nous marchions. D'un autre côté, je n'avais pas envie de revenir sur la critique que je venais de formuler et ma proposition de parler ici-même.

"Je vais faire quelques étirements et nous parlerons après," dis-je finalement. J'aurais ainsi la pause dont j'avais besoin, et ces étirements participeraient dans l'apprentissage de la connaissance de mon corps. Mon maître se contenta d'acquiescer. Après quelques minutes, je me tournai vers lui.
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MessagePosté le: 01 Mar 14:53    Sujet du message: Répondre en citant

"Es-tu prêt ?" Demanda-t-il.

"Oui, Maître."

"Parlons du quatrième peuple. Il s'agit peut-être du plus hétéroclite. Beaucoup d'entre eux étaient solitaires, cherchant une certaine indépendance, et ce peuple s'est construit de bric et de broc. Sans repère ou élément de stabilité, il est resté pendant longtemps peu nombreux, faible, attirant essentiellement les 'asociaux'."

"Tu sembles mettre une nuance sur ce mot."

"En effet. Ils n'étaient pas véritablement asociaux au sens premier du terme, organisant de grandes célébrations entre eux. A la limite, ils étaient ce qu'on pourrait le plus rapprocher de bons vivants, ne cherchant que le plaisir sans aucune structure ou contrainte. C'est cela qui les aurait souvent rendus asociaux dans les autres races. Mais entre eux ils s'en moquaient."

"Et qui sont-ils maintenant ?"

"Difficile à dire. Vois-tu, ils ont fini par mettre en place une certaine vision de leur peuple, qui est devenu petit à petit une sorte de contrainte, sans qu'ils ne s'en rendent vraiment compte. Ces valeurs comme ils les appellent ont fini par revêtir tant d'importance aux yeux de leurs leaders, bien qu'ils se targuent de ne pas en avoir, qu'elles sont presque devenu un carcan, semblable à celui que les autres races connaissent."

"Donc ils ont tendance à ne pas voir qui ils sont devenus et ont beaucoup perdu de ce qu'ils ont été ?" Je me sentais de plus en plus en confiance dans nos conversations et osait maintenant poser plus de questions.

"Beaucoup perdu, ce n'est pas tout à fait exact. Ils ont tout de même conservé un certain nombre de caractéristiques, comme le fait qu'ils sont toujours bons vivants, prêts à relever n'importe quel défi, et ne forcent guère leurs membres à faire quoique ce soit, dans l'ensemble."

"Sont-ils toujours aussi peu nombreux ?"

"Plus vraiment. Tout en restant moins nombreux que les autres peuples, beaucoup de puissants ont fini par se rallier à eux, au point qu'il leur est parfois difficile de trouver de véritables défis à relever."

"Toutes ces venus ont-elles beaucoup changé leur peuple ?"

"Oui et non. C'est pour que leur peuple ne change pas trop que leurs valeurs sont devenu des contraintes, mais la présence même de ces valeurs en tant que contraintes les rend presque obsolètes, loin de leur raison d'être initiale."

"Est-ce pour cela que tu es parti, que tu les as quitté ?"

"Rien de tel ne s'est produit."

"Tu ne réponds pas à ma question."

"Comme je te l'ai déjà dit, je ne veux pas influencer ta décision plus que nécessaire. C'est pourquoi le fait que j'ai vécu ou non sur ce monde et aie fait partie d'un peuple ou non est sans importance. Peut-être découvriras-tu la réponse un jour, mais je ne te la donnerai pas moi-même."

"Et comment en sais-tu autant sur ce monde si tu n'y as jamais été ?"

"Je te montrerai la réponse à cela, mais plus tard, seulement quand il sera temps que tu partes, et si tu le désires encore."

"Suis-je prêt à partir maintenant que je connais les quatre peuples ?"

"Tu peux partir quand tu le veux. Quant à savoir si tu es prêt, je te laisse seul juge. Mais si tu le veux, j'ai encore beaucoup de choses à te dire sur ce monde. A toi de voir si tu veux les entendre."

Oui, je voulais en entendre plus. Beaucoup de choses qu'il avait dites restaient floues. J'espérai qu'il lèverait certains mystères, même s'il était évident maintenant qu'il en conserverait certains. Je jetai un coup d'œil vers l'une des épées que nous avions laissées peu de temps auparavant.

"Attrapes plutôt celle-là," dit-il en décrochant une autre épée du mur, me la jetant dans le même mouvement.

Je parvins à attraper l'arme par la poignée. Elle était plus lourde que la précédente et me paraissait pourtant aussi facile à manier. Sans doute son équilibre était-il meilleur. La poignée était plus longue, me permettant de la saisir à deux mains si je le désirais. Je la fis tournoyer quelques instants et testai la différence en fonction de la prise que j'utilisai. En même temps je ressassai ce qui venait d'être dit. Rejoindre les Béonides pour tenter de leur ouvrir les yeux sur la façon dont ils avaient évolué pourrait être intéressant. Mais je n'avais pas vraiment d'idée de quelles étaient véritablement leurs valeurs et encore moins d'une solution pour les remplacer ou les faire évoluer, ou encore les faire revenir à ce qu'elles auraient vraiment dû être. Le côté bon vivant pouvait être intéressant, mais n'était pas ce qui m'attirait le plus. S'ils étaient effectivement devenus aussi puissants que l'avait dit mon maître, peut-être aurais-je du mal à trouver un véritable défi à exercer parmi eux. Je comptais bien le questionner à nouveau sur tous ces peuples.
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MessagePosté le: 06 Mar 9:31    Sujet du message: Répondre en citant

"Es-tu prêt ?" Demanda mon maître, me sortant de mes pensées.

"Que veux-tu m'enseigner maintenant ?"

"La parade. C'est en connaissant la parade que tu auras par la suite plus de facilité pour essayer de passer la défense de ton adversaire."

"Oui, je suppose qu'en connaissant une technique, il est plus facile de la vaincre."

"C'est le plus souvent vrai. Mais il ne faut jamais oublier que l'adversaire lui-même a ses propres connaissances de ce que tu fais et que lui-même aura ainsi la possibilité de te vaincre. Un véritable combat est donc une adaptation permanente à l'adversaire, tout en essayant d'éviter que l'adversaire ne s'adapte trop rapidement."

"Comment éviter qu'il ne s'adapte ?"

"Lorsque l'adversaire semble de force équivalente ou plus faible, il faut parfois recourir à de faux rythmes ou tenter de lui faire perdre sa concentration en lui donnant une certaine facilité."

"Et cela fonctionne uniquement à condition de soi-même y survivre." A la fois je comprenais l'importance de ce qu'il me disait, mais je ne parvenais pas à saisir comment je pourrai mettre tout cela en application. Il fallait certainement beaucoup d'automatismes pour parvenir à un tel résultat.

"Bien sûr, mais il y a d'autres risques. Il y a celui que l'adversaire fasse de même et que tu sois celui qui perds ta concentration en premier. Face à un adversaire qui a suffisamment d'expérience, ce sera une technique qui fonctionnera rarement."

"Que faire alors pour lui faire perdre sa concentration ?"

"Tu ne le pourras pas. Par contre, tu peux tout de même, sans entrer dans un faux rythme, essayer de réserver quelques coups pour plus tard, tout en le pressurant avec d'autres techniques. Ainsi son esprit sera concentré, mais assimilera le fait que ton répertoire est limité. Il s'y adaptera et pourrait se trouver surpris lorsque tu attaqueras autrement."

"Je suppose qu'un adversaire expérimenté fera de même," dis-je commençant à comprendre où il voulait en venir. L'expérience est un atout indispensable et irremplaçable du combattant. Je compris que simplement le savoir ne suffisait pas, il fallait le vivre pour véritablement réaliser l'importance de tout cela. Autrement, ce n'était que des paroles, des sensations creuses. C'était pour cela qu'il avait réservé une partie de mes connaissances à l'enseignement plutôt que simplement en me créant.

"Exactement. Il arrive un moment où ce qui compte devient la capacité de rester concentré sur tout changement, d'être capable de répondre à l'imprévu, qui parfois provient de l'extérieur du combat. Le combattant ultime ne pourra jamais être surpris. C'est alors qu'entre en compte d'autres facteurs, tels que la fatigue, les armes utilisées, voire le sacrifice."

"Le sacrifice ?"

"Il faut parfois être capable de se sacrifier, partiellement ou totalement, pour vaincre un adversaire."

"Mais si on se sacrifie totalement, la victoire n'est-elle pas aussi celle de l'adversaire ?"

"Parfois oui, parfois non. Cela dépend de l'enjeu et des forces en présence. N'oublie pas que souvent, lors d'un combat, tu ne seras pas seul, face à un seul adversaire. Si un sacrifice te permet d'abattre un adversaire plus fort que toi, alors n'est-ce pas une victoire pour les tiens ?"

Je le regardai pendant un long moment, absorbant ce qu'il venait de dire. Je me demandai quel était l'intérêt d'une victoire si on n'était pas là pour en profiter. La survie à tout prix me paraissait l'élément le plus important d'un combat.

"Je suis désolé, mais j'ai toujours du mal à comprendre l'intérêt d'une telle victoire pour celui qui se sacrifie."

Un sourire se dessina sur ses lèvres avant qu'il ne réponde. Il sembla pendant un instant perdu dans ses souvenirs.

"Cela tu ne le comprends pas parce que tu n'as jamais appartenu à un peuple. Mais si un jour tu trouves un peuple, ou même une famille, qui est vraiment prêt à t'accueillir, si tu te sens vraiment bien parmi eux et que tu comprends ce sentiment d'appartenance, alors tu comprendras également la notion de sacrifice."

Il semblait bien seul ici, en dehors de moi. Mais j'avais la certitude qu'autrefois il avait autrefois fait partie d'un groupe pour lequel il aurait été prêt à se sacrifier. Cela avait-il eu lieu sur le monde sur lequel il voulait m'envoyer, je le croyais.

"Trouverai-je cela parmi les démons, qui semblent avant tout chercher la force et la puissance pour eux-mêmes, ou parmi les Béonides qui sont si avides de liberté individuelle ?"

"Oui, même parmi ces deux peuples, le sentiment d'appartenance existe. Cela ne veut pas dire que tous le connaissent, mais il existe néanmoins chez la plupart d'entre eux, même s'il peut prendre des formes diverses. Pour certain, l'appartenance se fait via la servitude de leur Dieu, tandis que pour d'autres c'est essentiellement le désir d'être reconnu comme un être fort parmi les siens."

Mon maître avait raison. Je n'avais aucune idée de ce que cela pouvait faire. Mais je n'étais pas vraiment sûr de vouloir connaître cette sensation d'appartenance, ayant peur qu'elle ne finisse par m'enchaîner et restreindre ma liberté et mon indépendance. Comment alors aller vers l'un quelconque de ces quatre peuples ?
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MessagePosté le: 12 Mar 10:30    Sujet du message: Répondre en citant

Je décidai de revenir au sujet initial.

"Tu me parlais de la parade, Maître ?"

"Oui. Il existe trois façons essentiellement, de survivre à une attaque adverse. La première est l'esquive, la seconde est la parade bloquante et la troisième est la parade déviante. Chacune a bien sûr des avantages et des inconvénients. Lesquels te viennent à l'esprit ?"

"L'esquive a à la fois l'avantage et l'inconvénient, dans la plupart des cas, de nous éloigner de l'adversaire." Je me souvenais comment mon maître avait ainsi passé la plupart de son temps à reculer lors de notre premier exercice. Bien évidemment, il avait dans certains cas procédé à une esquive latérale qui ne l'avait pas véritable éloigné, mais celles-ci le laissait souvent particulièrement exposé, si j'avais mieux maîtrisé mes attaques. "Cela est un avantage quand on a besoin d'un répit quelconque, besoin de se sortir d'une situation complexe. Mais cela pose le problème que l'on se retrouve soi-même hors de portée pour contre-attaquer."

"C'est un bon début. Quoi d'autre ?"

"Elle a également l'avantage de laisser notre propre arme libre pour contre-attaquer, si on en a tout de même la possibilité. Mais pour cela il vaut souvent mieux une esquive latérale, qui nous laisse à portée de l'adversaire alors qu'il ramène son arme vers lui."

"En effet, quoique si l'on dispose d'une armure, il est rare, hormis avec certaines armes, que l'adversaire ait la force de causer une blessure quelconque avec un tel mouvement, non ?"

Je sentis comme un piège dans le ton de sa question.

"Si on dispose d'une armure suffisamment épaisse pour protéger d'un tel coup, réussir une telle esquive risque d'être très difficile car l'armure va entraver les mouvements. Et puis à moins de le connaître, il vaut mieux ne par trop présumer d'une éventuelle faiblesse de l'adversaire."

"Très bien, je vois que tu réfléchis comme il faut. L'esquive est certainement rendue beaucoup plus difficile, voire impossible, lorsqu'on porte une armure lourde. Que penses-tu de la parade bloquante, Pargias ?"

"Hé bien elle bloque l'arme de l'adversaire, mais bloque celle du défenseur également. Je suppose que si la parade bloquante est faite à l'aide d'un bouclier, alors elle devient beaucoup plus favorable, tant dans une certaine facilité que dans le fait que l'arme reste disponible. Ou avec n'importe quelle arme d'ailleurs, si l'on dispose de deux armes."

"Il y a de l'idée, mais encore ?" Poussa-t-il alors que je faisais une petite pause pour continuer ma réflexion.

"Hé bien, je suppose que la force des combattants peut influencer l'action. Celui qui est le plus fort pourrait prendre l'avantage en étant plus à même de véritablement bloquer l'arme de l'adversaire et décider que faire par la suite."

"La force en effet, mais également le type d'arme de chaque combattant. Certaines armes permettent de parer, d'autre difficilement. Par exemple, une dague peut permettre de parer une épée, même si cela est difficile, mais est quasiment inefficace face à une hache ou un marteau."

"D'autant qu'elle a alors des chances plus grandes de se briser ?"

"Exactement ! Il faut donc comprendre que chaque cas de figure est différent et que le type de parade à utiliser dépend presque plus de la configuration du combat que de l'action même, quoique cette dernière est également importante."

"Ainsi, deux chevaliers en armure, équipés d'épées et de boucliers vont essentiellement utiliser des parades bloquantes, tandis que deux hommes nus armés de dagues vont surtout jouer de l'esquive."

"Bien ! Et que penses-tu de la parade déviante ?"

"Plus difficile à pratiquer ?" hasardai-je.

"Oui, le plus souvent," confirma-t-il avec un léger hochement de tête.

"Comme dans le cas de l'esquive, elle laisse aux combattants la disponibilité de leurs armes. Cela peut permettre au défenseur de contre-attaquer, mais également à l'assaillant. D'autre part, si la déviation est insuffisante, le défenseur risque d'être touché."

"Tout à fait, quoi d'autre ?" Demanda mon maître avant de reprendre, devant mon hésitation. "Un attaquant qui voit son attaque prolongée plutôt que déviée peut perdre l'équilibre."

Je me souvins instantanément que cela m'étais arrivé. Je ressentis presque le goût du sable dans ma bouche. Il continua.

"Cela reste parfois la seule solution quand l'adversaire a la force de son côté, car on serait soi-même déséquilibré sous les impacts si on cherchait systématiquement à bloquer l'attaque. La parade bloquante est donc plus efficace lorsqu'on a la force de son côté, tandis que la parade déviante le sera souvent dans le cas inverse, à moins que la maîtrise ne vienne compenser la force."

Je compris que combattre était loin d'être une affaire simple. Si on ajoutait à cela la nécessité de maîtriser plusieurs armes, et surtout d'être capable de se défendre contre toutes, le travail qui m'attendait était long. Je n'étais pas surpris de savoir que les combattants l'étaient le plus souvent de métier, et qu'il fallait des années d'entraînement pour parvenir au meilleur niveau. Mais la perspective de passer des années ici avant d'aller vers cet autre monde ne m'enthousiasmait aucunement.
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MessagePosté le: 15 Mar 14:53    Sujet du message: Répondre en citant

"Veux-tu pleurer ou mettre cela en pratique ?"

De toute évidence, mon expression avait dû refléter mes pensées. Il allait falloir que je m'entraîne si je voulais qu'il ait un peu plus de mal à me percer à jour. Mais je ne savais même pas à quoi ressemblait mon visage et le genre d'expressions qu'il pouvait exprimer. Je commençais à ressentir un certain besoin de solitude, sans personne pour me surveiller, quoique même s'il me laissait seul, j'avais l'impression que cela ne l'empêcherait pas de m'observer s'il le désirait. Je rassemblai donc mon énergie pour me remettre à l'entraînement. Plus vite j'aurais l'impression d'en savoir assez, plus vite il me serait possible de quitter ce lieu. Alors que je relevai mon épée, il se dirigea vers le mur pour saisir une épée dont le tranchant était recouvert d'une gaine. Il allait ainsi pouvoir m'attaquer sans risquer de me blesser sérieusement. Néanmoins, je le soupçonnai capable de me casser quelques os s'il décidait d'attaquer avec force et que je manquais une parade.

"Nous allons commencer par le plus simple, les parades bloquantes. Cela t'entraînera à bien positionner ton épée et ton corps et à savoir réagir après un impact. Ensuite nous verrons pour continuer de progresser vers les autres formes de défense."

"Je suis prêt," dis-je.

Il commença par des attaques lentes et sans véritable force, m'indiquant à chaque fois quelle était la meilleure position pour effectuer les parades sans risquer de me trouver en position de faiblesse et être capable d'effectuer la parade suivante. Cette fois, ce fut à son tour d'accélérer petit à petit tandis que je maîtrisais de mieux en mieux les parades. Au bout d'un moment, je fus moi-même surpris de la relative facilité avec laquelle je progressais dans l'exercice. Je finis par reculer et baisser mon arme.

"Il me semble que l'apprentissage aurait dû être long et difficile. Pourtant, malgré le peu de temps que nous avons passé à nous entraîner, j'ai l'impression de fort bien maîtriser la parade, mieux que je ne le devrais."

"Oui, c'est une caractéristique de ce monde. L'apprentissage y est rapide. N'est-ce pas le lieu idéal pour ta formation ?"

C'était la seconde fois qu'il mentionnait ce monde comme ayant certaine particularités. Pourtant j'avais du mal à imaginer ce couloir sans fin comme étant un monde. J'espérais qu'il continuerait de laisser échapper certaines allusions de ce type pour me faire une meilleure idée avant d'essayer de le questionner. Peut-être que si j'arrivais à poser d'autres question du genre, indirectement il me fournirait des informations.

"Ainsi cela te permet de compenser ce que tu n'as pu m'apporter ?"

"C'est une façon de voir les choses."

"Mais est-ce que je n'y perds pas un certain plaisir de l'apprentissage comme tu le mentionnais ?"

"Peut-être, peut-être pas. Si tu prends plaisir dans cet exercice, alors ce n'est pas si mal. Qu'en penses-tu ?"

Il soulevait un point auquel je n'avais pas vraiment pensé. J'avais connu une certaine frustration à certains moments devant mon incapacité à le toucher lors de mes attaques. Cela m'avait-il enlevé tout plaisir ? Non, car malgré cette frustration, j'avais tout de même ressenti une progression nette dans mes capacités et cela m'avait plu. La frustration venait du fait que mon maître était encore trop supérieur à moi, tandis que j'éprouvais une grande satisfaction devant des progrès que j'arrivais à ressentir tellement ils étaient rapides.

"Il reste difficile d'estimer ma progression quand tu restes tellement supérieur à moi. La facilité que tu montres dans nos exercices est frustrante pour moi. Peut-être serait-il bon également d'affronter des adversaires plus à mon niveau."

"Il n'y a que toi et moi ici. J'ai pensé qu'il serait préférable que je concentre toute mon attention sur toi. Mais si tu veux vraiment un adversaire d'entraînement, cela devrait pouvoir s'arranger."

Malgré l'étrangeté du fait que les meubles semblaient avoir changé de salle, suggérant la présence d'une tierce personne, je n'étais pas vraiment surpris pas sa réponse. Il était évident que de nombreuses choses sur ce monde ne suivaient aucune loi naturelle. J'en étais donc déjà venu à penser qu'il n'y avait véritablement personne d'autre et que c'était les caractéristiques même de ce lieu qui avaient été à l'origine du phénomène. Mais au moins j'avais confirmation du fait, s'il ne mentait pas. Après tout, rien ne me permettait d'être sûr de son honnêteté.

"Et comment peux-tu faire venir quelqu'un ici ?"

"En ouvrant la porte par exemple !" Il se dirigea vers la porte et l'ouvrit.

A ma grande surprise un homme se trouvait de l'autre côté, vêtu d'une légère combinaison en cuir. Il était d'une stature semblable à la mienne. Il avait les cheveux rasés et me regardait avec des yeux marron contenant une nette agressivité. Il avait à la main une épée semblable à la mienne. Encore une fois, je me sentis dépassé par les événements. J'étais sûr d'avoir compris que nous étions seuls sur ce monde, mais peut-être qu'il indiquait simplement la salle. Mais même si c'était le cas, je ne comprenais pas comment un adversaire pouvait attendre ainsi derrière la porte, à moins qu'il n'ait prévu ma demande. Je n'eus néanmoins pas le temps de réfléchir bien longtemps car l'homme se dirigea vers moi avec un air hostile qui ne laissait guère de doute sur ses intentions. Son épée paraissait bien affûtée, il semblait que je n'aurais pas de seconde chance.

Dans un premier temps je ne pus que me défendre. J'appliquai au mieux ce que je venais d'apprendre, avant de réaliser que je n'avais pas appris ce qui permettait véritablement de combattre. Je ne savais pas faire d'enchaînements, alterner entre attaque et défense. Il me fallut donc un certain temps pour me sentir assez en confiance pour tenter d'attaquer. Mais je savais qu'une fois que j'aurais commencé, il fallait que j'essaye de ne pas lui laisser une chance de riposter. Peut-être la surprise avait-elle joué. Peut-être en était-il véritablement au même niveau que moi, ne sachant pas alterner. Mais la première attaque fut la bonne. Ayant réussi ma parade, je rejetai son épée sur le côté, utilisant toute la force possible, me donnant ainsi assez de recul pour ramener mon épée vers sa gorge. L'instant d'après, l'homme s'écroula en n'émettant aucun autre son qu'un léger gargouillis.
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MessagePosté le: 16 Mar 15:46    Sujet du message: Répondre en citant

Je restai immobile à observer le corps sans vie de mon adversaire. Il eut un ou deux soubresauts avant de s'immobiliser totalement. J'étais abasourdi par ce qu'il venait de se passer et la brutalité avec laquelle cela s'était terminé. J'entendis les pas de mon maître qui approchait.

"Hé bien, si c'est ainsi que tu traites tes partenaires d'entraînement, je risque d'avoir du mal à t'en trouver," dit-il en s'arrêtant à côté de moi. Sa voix était rieuse. Je levai les yeux vers lui avec un air particulièrement choqué.

"Ne t'inquiète pas", reprit-il. "Je suis plutôt fier de toi."

"Je ne comprends pas."

"Face à un adversaire qui de toute évidence ne te voulais pas que du bien, tu n'as pas hésité à utiliser toutes tes ressources et à aller jusqu'au bout. C'est ce dont il te faudra être capable."

"Tu veux dire que tu m'as donné un adversaire qui voulait vraiment me tuer ?"

"Bien sûr, c'est comme cela que tu vas apprendre le mieux. Il ne doit pas y avoir de combat facile si je veux que tu progresses."

"Tu aurais au moins pu me prévenir," m'exclamai-je!

"Pas besoin, tu t'en es bien sorti."

"Mais je ne m'attendais pas à cela!"

"C'est quand même toi qui a demandé un adversaire à ta taille."

"Oui, mais juste pour m'entraîner."

"Hé bien tu t'es entraîné. La prochaine fois, tu préciseras un peu mieux ce que tu veux. Il est bien connu qu'il faut toujours faire attention à ce que l'on désire. Le vœux ont une tendance à s'exaucer de façon inattendue et souvent traître."

"Bien connu, bien connu ! Qu'est-ce que j'en sais, moi, de ce qui est bien connu ou de ce que tu m'as fait connaître que personne d'autre ne sait ?"

Il pointa sur le sol où l'étendue de sable rougissant s'agrandissait.

"Bon, tu veux rester là ou on bouge ?"

Je regardai encore un instant ce qui restait de mon adversaire avant de jeter mon épée dans un coin et de me diriger vers la porte. Avant de la rouvrir, j'eus un instant d'appréhension, m'attendant presque à voir un autre combattant se ruer sur moi. Il n'en fut rien. Je pris le chemin inverse que celui que nous avions parcouru jusqu'ici. Mon maître me laissa faire et se contenta de me suivre. Je finis par choisir une porte. Elle nous mena à nouveau dans la salle où nous avions eu nos entretiens jusqu'ici. Je fermai la porte et ouvrit celle qui lui faisait face. C'était la même piève, le meubles étant arrangés exactement pareil.

"Il est temps de reprendre nos conversation," dit mon maître derrière moi. Après une hésitation, je j'entrai dans la salle pour aller m'asseoir. Je comprenais maintenant que ce lieu n'avait rien de naturel. Peut-être même répondait-il entièrement à la volonté de mon maître. Je ne pourrais donc en sortir qu'à son bon vouloir. J'avais presque envie de lui demander à partir immédiatement, pour voir s'il allait tenir parole. Pourtant, je réalisai l'étendue de mon ignorance, et il avait malgré tout passé son temps à m'instruire. J'avais encore besoin d'en savoir plus.

"Que vas-tu me raconter maintenant ?"

"Je vais t'en dire plus sur ce monde et ce qui s'y passe. Il y a tant de choses à dire."

"Vas-tu continuer de jouer avec moi comme tu sembles le faire depuis le début ?"

"Oui !"

Je ne m'étais pas attendu à une telle réponse et ne sus que dire.

"Maintenant, même si tout cela m'amuse, ce que je te dis est la vérité et tu as donc tout intérêt à bien écouter. Ce qui est un jeu pour moi pourrait ne pas en être un pour toi, au moins dans un premier temps ! Mais d'abord un petit bilan."

"A propos de …?"

"Tes progrès. Tu as compris je le pense que tu as encore beaucoup à apprendre pour véritable combattre."

"Oui."

"Si tu avais attaqué le premier, tu serais peut-être celui qui aurait succombé sous la surprise d'une riposte. Car cet adversaire en savait véritablement autant que toi, ni plus, ni moins." Je m'étais effectivement fait cette réflexion. "L'autre chose est que tu as prouvé que tu es vraiment apte à combattre. Tu as été capable de tuer ton adversaire sans hésitation. C'est ainsi que cela doit être dans un combat où tu risques ta vie. Que ressens-tu à propos de cette mort ?"

Rien. C'est ce que j'avais envie de répondre. J'avais ressenti un certain soulagement d'avoir survécu, de la joie à l'idée d'avoir vaincu, un choc devant une fin aussi brutale. Mais tout cela n'avait rien à voir avec la mort elle-même, avec le fait d'avoir tué quelqu'un, mais uniquement avec ma victoire. Face à ce fait je n'avais pas l'impression d'éprouver quoique ce soit.

"Je ne sais pas. Peut-être est-il encore trop tôt."

Il émit une sorte de grognement énigmatique. Apparemment il ne s'était pas attendu à une telle réponse. C'était la première fois que j'avais l'impression de le surprendre. Peut-être à mesure que le temps passerait et que l'expérience me changerait allais-je me dissocier de plus en plus de l'être qu'il avait créé, au point qu'il aurait de plus en plus de mal à prévoir mes réactions. Cette idée me plaisait.
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MessagePosté le: 21 Mar 16:45    Sujet du message: Répondre en citant

"Bon, continuons. Il existe un élément auquel je ne t'ai pas encore préparé sur ce monde. La magie."

"La magie ?" A la fois j'avais la notion de ce que c'était, mais je savais en même temps combien le terme était vague et pouvait se traduire de nombreuses façons.

"Oui, elle existe sur ce monde et peut être maîtrisée. Certains se servent d'elle pour combattre, plutôt que d'utiliser des armes."

"Quel genre de magie ? Que peuvent-ils faire ?"

"Pour attaquer ? Les solutions sont nombreuses. Ils peuvent invoquer des boules de feu et des chaînes d'éclairs. Ils peuvent empoisonner des adversaires ou les affaiblir. Oui, les possibilités sont nombreuses."

"Et comment se défendre contre cela sans maîtriser soit même la magie ?"

"Je peux te l'apprendre si tu veux, mais je ne le ferai que plus tard. Essentiellement il te faudra compter sur la force de ton esprit, mais aussi sur la qualité de tes réflexes qui peuvent de permettre d'esquiver l'attaque."

"Ces attaques sont concentrées alors ?", demandai-je.

"Oui. Mais il faut toujours être sur tes gardes, car parfois elles peuvent venir de loin."

"J'ai le souvenir de ce qu'est un éclair. Je suppose que tu me l'as implanté. Cela va si vite, comment est-il possible de les esquiver ?"

"Parce qu'il ne s'agit pas de véritables éclairs. Ces éclairs magiques n'ont pas les mêmes caractéristiques que les éclairs naturels. D'autre part, un magicien doit réunir une certaine énergie mentale et incanter son sort. Cela peut te permettre d'anticiper."

L'idée d'esquiver un éclair me paraissait tout de même difficile à envisager. Et puis si un magicien pouvait lancer un tel sort d'une certaine distance, comment le voir incanter et être prêt à l'esquiver ? Ou alors les éclairs magiques devaient être significativement plus lents que leurs homologues naturels. D'un autre côté, je savais qu'il était possible de survivre à l'impact d'un éclair naturel, donc pourquoi pas à celui d'un éclair magique. Je pouvais également imaginer que si l'éclair était créé magiquement, la force de l'esprit pouvait être une solution pour leur résister.

"Vas-tu également m'apprendre la magie ?"

"Non, je ne pense pas. Ce sera mieux si tu la découvres toi-même une fois sur place."

"Pourquoi ?"

"Il y a plusieurs raisons à cela. La première est que connaître cette magie ne peut t'être utile que sur ce monde, tandis que savoir te battre pourra être utile partout. C'est pourquoi je favorise plutôt cela."

"Parce que tu comptes m'envoyer autre part ?" J'étais surpris à cette idée, étant donné qu'il ne me parlait que d'un seul monde. D'un autre côté, la notion même de monde à laquelle il avait fait référence supposait qu'il en existait de nombreux, et qu'il était possible d'une façon ou d'une autre de passer de l'un à l'autre. Peut-être trouverais-je moi-même la façon de voyager ainsi. Je pouvais alors comprendre son choix.

"Non", répondit-il. "Mais cela ne t'empêchera peut-être pas d'aller autre part par toi-même. Ainsi, quelque soit la voie que tu choisiras sur ce premier monde, tu seras tout de même un minimum préparé où que tu ailles."

"Tu m'as mentionné une magie offensive. Que permet-elle d'autre ?"

"Bien d'autres choses. Elle permet de mieux se protéger, elle permet de se soigner, et ce n'est pas tout."

"Dans un monde aussi violent qu'il semble l'être, je suppose que c'est essentiel."

"Tout dépend. Il est important que certains sachent maîtriser ces possibilités, mais pas indispensable que chacun en soit capable."

"Comment acquérir cette connaissance ?"

"C'est assez facile, mais également très long. Seul le temps permet de maîtriser toutes ces techniques. Mais y passer tout ce temps ne peut se faire qu'au détriment des autres apprentissages, y compris celui du combat. Il te faudra donc faire un choix."

Encore une fois, il me parlait de choix qui me paraissaient quelque peu abstrait. Il était difficile de se faire une opinion à partir de seulement quelques mots.

"Je vais donc avoir beaucoup de choix à faire, hein ?"

"Tout à fait. J'ai décidé de te laisser autant de liberté que possible. Malgré l'instinct du combat que tu possèdes, ton esprit est également tout à fait capable d'apprendre la magie."

"Quelle est la meilleure voie à prendre ?"

"Elles sont différentes. Ni meilleures, ni pires."

"Et tu ne m'en diras pas plus je suppose."

"Tu as bien compris, Pargias !"

Je me résignai donc à arriver sur ce monde sans rien savoir d'autre de la magie que ce qu'elle était capable de faire.
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MessagePosté le: 23 Mar 10:03    Sujet du message: Répondre en citant

"Qu'as-tu d'autre à me dire ?"

"Hé bien qu'il est temps pour une nouvelle séance d'entraînement", dit-il en se levant.

Il ouvrit la porte qui se trouvait en face, celle où un bureau identique s'était trouvé. Son contenu était entièrement différent. Pour la première fois, la pièce n'avait pas les dimensions de celles que j'avais vues jusque-là. La largeur et la longueur étaient les mêmes, mais le plafond était beaucoup plus haut. Cela était nécessaire à cause du contenu de la pièce. S'y trouvait un amoncellement rocheux qui devait arriver à près de trois ou quatre mètre à son sommet, laissant malgré tout assez de place pour que mon maître puisse se tenir debout à son sommet. Tout était recouvert d'une fine poussière que le moindre souffle dérangeait, laissant de nettes empreintes là où nous passions. Il n'y avait aucune autre trace que les nôtres, indiquant que cette pièce avait été laissée à l'abandon pendant longtemps.

"Un lieu idéal pour s'entraîner à se déplacer je suppose," dis-je avec une certaine confiance. "N'est-ce pas un peu rude alors que j'éprouve encore certaines difficultés sur un sol plat ?"

"Tu as vu juste. Mais en apprenant dans des conditions difficiles, tout te sera beaucoup plus aisé quand nous reviendrons à la normale."

Cela me paraissait tout de même excessif. J'espérai surtout avoir un entraînement pour commencer à apprendre à enchaîner entre attaques et parades, surtout dans ce sens d'ailleurs. J'étais un peu déçu de constater que cela allait devoir attendre. Mais comme ses leçons s'étaient montrées efficaces depuis le début, je ne pouvais que lui faire confiance.

"Veux-tu commencer par explorer la salle ?" demanda-t-il. J'y réfléchis rapidement. Cela me donnerait un certain avantage pensai-je avant de réaliser qu'il connaissait probablement déjà la salle lui-même. Je pouvais donc au mieux espérer réduire un désavantage. Je vis ensuite ce qui était probablement la véritable raison de sa question.

"Non. Lors d'un véritable combat, je n'aurai souvent pas la possibilité de connaître le terrain à l'avance." Je le vis sourire à ma réponse. Je continuai donc, "c'est un avantage sur lequel je ne pourrai pas nécessairement compter. Autant m'y habituer dès maintenant. A chaque fois que j'aurai effectivement cette connaissance du terrain, ce ne sera que du bonus."

"Tu vois. Quand tu réfléchis, je n'ai finalement pas grand-chose à t'apprendre."

"Je comprends. Mais dans cet exercice, je serai d'autant plus désavantagé que tu connais le terrain."

"Ce qui sort du chaos de mon esprit ne m'est pas toujours connu à l'avance", dit-il presque en se parlant à lui-même, avant de reprendre rapidement. "Enfin passons à la suite." Il ouvrit un compartiment dans le mur qui se trouvait sur notre gauche, en sortant deux épées et deux boucliers, me tendant un assortiment. Je m'équipai, essayant de ne pas trop regarder l'amoncellement, afin de vraiment le découvrir lors du combat.

"Pour ce premier exercice, tu vas devoir essayer de monter jusqu'au sommet, et je vais essayer de t'en empêcher. Je serai lent à l'attaque, vif à la parade. A toi de te débrouiller."

Il recula jusqu'à se placer entre moi et le rocher le plus proche, me faisant face. Je fermai les yeux pendant un instant, essayant d'établir une stratégie. Il ne s'agissait pas d'essayer de le vaincre, ni même réellement d'essayer de le faire se déplacer dans une certaine direction. Mes propres déplacements étaient l'important. Il ne serait qu'un obstacle, et il fallait que je trouve une solution pour le contourner. Si ses attaques étaient lentes, alors il pourrait me suffire simplement de faire une ou deux parades. Une fois passé l'obstacle, il serait ensuite facile de chercher à grimper rapidement. Pourtant, je rechignais à lui tourner le dos. Mais grimper cet amas à reculons risquait d'être un véritable défi, surtout si en plus je devais me défendre. Réussir à le repousser à force d'attaques était hors de question car il était trop supérieur à moi. Puis je me dis qu'il était peut-être possible de ne pas l'affronter du tout.

Je me précipitai vers lui, épée levée prête à frapper, bouclier devant et en hurlant. Mais un instant avant l'impact, je déviai ma route pour commencer à contourner le monticule. Hors de portée de mon maître, je commençai à escalader aussi vite que possible, jetant un coup d'œil occasionnel vers lui. Je vis qu'il s'était également mis à monter, semblant très à l'aise dans cet exercice. Malgré la surprise et le retard qu'il avait eu, il parvint au sommet avant moi et me barra à nouveau la route. Il ne me restait néanmoins plus qu'un seul niveau pour atteindre mon objectif. Il suffisait de le déloger même un seul instant pour pouvoir sauter à sa place.

Je vis son épée descendre sur moi et n'eut que le temps d'interposer mon bouclier. Le choc fut violent et faillit me déséquilibrer. Apparemment, il était sérieux lorsqu'il s'agissait d'attaquer. Je décidai de lancer mon épée vers ses jambes mais il l'évita en sautant, sans céder de terrain. La différence de hauteur était relativement importante. Je ne pouvais guère viser autre chose que ses jambes, et lui-même ne pouvait quasiment qu'abattre son épée verticalement sur ma tête. Il me semblait que tant que la situation n'évoluerait pas, il ne me serait pas trop difficile de parer ses coups, à condition d'être capable d'en encaisser la puissance. Il fallait que je trouve un moyen de monter pour finir l'exercice.

J'essayai de tourner un peu autour de ce dernier rocher, mais il fit de même, me barrant toujours la route. Je pensai un instant me jeter sur lui de tout mon poids pour tenter de le déséquilibrer, mais il était beaucoup plus lourd que moi et j'avais la certitude qu'une telle stratégie ne pouvait fonctionner. Je continuai d'encaisser ses attaques et de tenter de le déstabiliser en fauchant ses jambes, mais pour l'instant, rien ne fonctionnait, d'un côté comme de l'autre, et le combat semblait entrer dans une routine. Je me souvins alors qu'il avait mentionné le fait d'entrer dans une routine pour faire perdre sa concentration à l'adversaire. Et il était vrai qu'à force de songer à une solution, je commençais à être moins concentré sur le combat lui-même. Néanmoins, je savais qu'à l'usure, il serait forcément le vainqueur. Je devais donc être celui qui allait agir pour nous sortir de cette impasse.
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MessagePosté le: 28 Mar 8:33    Sujet du message: Répondre en citant

Je décidai finalement d'attaquer avec plus de vivacité. Après avoir encaissé une de ses attaques, je tentai un aller-retour rapide avec mon épée au niveau de ses jambes. Après tout, s'il était déjà en l'air, il n'aurait pas la possibilité de sauter à nouveau. Il parvint tout de même à interposer son épée, m'empêchant ainsi de continuer mon attaque. Cette solution avait échoué. Comme il me l'avait annoncé, il était vif à la parade. Par la suite, il se mit d'ailleurs souvent à parer mes coups plutôt qu'à simplement les esquiver. Ainsi il m'était plus difficile d'anticiper sa réaction.

J'essayai bien une fois ou deux de taper le plus haut possible, mais même lorsque son épée était bloquée par une de mes parades au bouclier, il parvenait encore à sauter suffisamment haut pour esquiver l'attaque. A aucun moment il ne recula, ce qui aurait pu me permettre de prendre pied sur le rocher qui était ma destination.

Plusieurs fois j'essayai de voir si en le contournant alors qu'il était en l'air pour esquiver une de mes attaques pouvait fonctionner, mais il était trop rapide sur ses appuis pour que je puisse arriver à le dépasser pour monter, même si cela faillit fonctionner la première fois. Apparemment, il tenait compte de mes tentatives et devenait attentif à chaque fois que je les répétais, rendant quasiment inutile le fait de reproduire ce que j'avais déjà fait.

De nouveau je dus me contenter d'encaisser les coups, en rendant quelques-uns, le temps de chercher une nouvelle option. Je décidai que le terrain pouvait éventuellement être utilisé. Je me remis donc à tourner autour. Bien qu'il n'eût aucune difficulté à me barrer la route, j'en profitai pour observer l'agencement des rochers, repérant en particulier ceux qui pourraient être instables. Lors d'une de mes attaques qu'il esquiva en sautant, je vis le rocher sur lequel il atterrit bouger légèrement. Je continuai pourtant de tourner pour ne pas donner l'impression de m'attarder sur ce lieu. Le sommet n'était pas si grand que cela, et je finis rapidement d'en faire le tour sans trouver d'autre zone favorable. Je continuai donc de tourner. Cela faisait maintenant longtemps que la situation restait plus ou moins identique. J'avais la certitude que s'il l'avait voulu, il aurait facilement pu percer ma défense. Mais pour le moment il se contentait d'attaquer en force plutôt qu'en finesse. De temps en temps je m'arrêtai avant de reprendre ma rotation plus rapidement, changeant parfois de direction. Je cherchai à lui faire croire que ma tactique était simplement de finir par le prendre de vitesse lors d'une rotation. Il devait certainement savoir que je cherchais une autre solution en même temps, mais je ne voulais pas qu'il réalise que j'en avais déjà une.

Lorsque finalement nous parvînmes à nouveau là où le rocher était faible, je tentai deux attaques. Il para la première et sauta pour esquiver la seconde. Au moment où il allait atterrir, je poussai le rocher aussi fort que possible pour accentuer son mouvement. La manœuvre fonctionna et mon maître perdit un instant l'équilibre, sans tomber toutefois. Je tentai de le contourner une fois de plus, mais comme d'habitude il fut trop rapide pour que cela ne fonctionne. Je commençai à me sentir à court d'idée.

L'instant suivant, je me trouvai de nouveau face au rocher instable. Alors que j'attaquai, à nouveau il sauta. J'eus le temps de réaliser qu'il allait reposer les pieds de chaque côté du rocher de façon à ce que je ne puisse pas le déséquilibrer. J'en profitai pour me lancer entre ses jambes, bouclier sur le dos pour me protéger contre une éventuelle attaque. La synchronisation avait été parfaite. J'étais parti juste au moment où ses pieds allaient toucher le sol et il n'eut pas le temps de serrer les jambes avant que je ne sois passé. Je finis ma roulade en tentant de lui frapper les mollets avec le plat de l'épée, juste pour voir si cela aurait pu me donner la victoire finale, mais il esquiva l'attaque.

Je me relevai alors, debout sur mon objectif. J'avais réussi !

"Félicitation !" me dit mon maître.

Je regardai mon bouclier qui était dans un état déplorable. Il n'aurait pas soutenu beaucoup plus longtemps les attaques de mon maître. "Tu n'y as pas été de main morte. Mais je suppose que je dois m'attendre à la même chose de la part de n'importe quel adversaire."

"Je m'étais fixé l'objectif de finir l'exercice avec la destruction de ton bouclier si tu n'avais pas réussi à monter avant."

"Ou celle de ton épée ?" dis-je pensant que l'épée avait probablement autant de chance de se briser que le bouclier au rythme de ce combat. Il me montra son épée et je constatai qu'elle n'avait pas la moindre marque. Elle était aussi brillante qu'au début ne portant aucun signe du combat qui venait de se dérouler. Mon épée non plus ne portait aucune trace. "Sont-elles magiques ou est-ce mon bouclier qui était si fragile ?"

"Ni l'un, ni l'autre, j'ai simplement décidé que la fin du combat serait marqué par ta victoire ou la perte de ton bouclier. Il n'y avait donc aucune raison d'user les épées." Je supposais que cela était une référence de plus à la façon dont ce monde et ce qui s'y trouvait semblaient se plier à ses désirs.

"Je suis content de constater que tu as su utiliser le terrain," continua-t-il. "Et que tu as su enchaîner des stratégies différentes pour essayer de parvenir à tes fins."

"Pourtant, je ne suis pas encore capable de véritablement enchaîner attaques, parades et ripostes dans un combat. Seul le fait de savoir que tu serais lent à l'attaque me l'a permis un peu."

"Et surtout le fait que tu as bien su distinguer ton bouclier de ton épée et utiliser les deux. Ne rabaisse pas ta performance. Bien sûr que je te suis encore largement supérieur, mais tu progresses bien et surtout tu comprends comment progresser par toi-même."

A cette dernière phrase, je me demandai si je n'étais pas prêt à partir. Si j'étais capable d'apprendre par moi-même, ne serait-il pas préférable de partir et d'avoir enfin cette tranquillité que j'espérais ? Je savais que non. Dans ce monde où la guerre semblait permanente, je ne pourrais trouver aucune forme de tranquillité. Et puis j'apprenais probablement beaucoup plus vite avec un maître que je n'apprendrais seul. Pour finir, il y avait tout ce que j'ignorais encore concernant ce monde-même.
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MessagePosté le: 02 Avr 8:58    Sujet du message: Répondre en citant

"Continuons un peu l'entraînement. Puisque tu as plutôt bien réussi à dissocier ton épée de ton bouclier, nous allons maintenant enchaîner attaques et parades à un rythme plus rapide. Mais n'oublie pas que le sol est irrégulier," ajouta-t-il.

"Aucun risque." Jusqu'ici, j'avais l'impression que tout ce que j'avais appris me revenait constamment avec une grande facilité. Je me demandai quelle partie de cela venait de moi et quelle partie venait de ce monde. L'apprentissage étant apparemment plus rapide ici, cela me conforta dans l'idée que je n'étais pas encore prêt, même si l'impatience de quitter ces lieux grandissait. "Allons-y," dis-je en me lançant à l'attaque.

L'exercice continua pendant longtemps, mon maître me donnant régulièrement des conseils et me montrant comment mieux enchaîner mes mouvements. Je savais que cela deviendrait véritable difficile le jour où je combattrais avec une seule arme. Il finit l'entraînement en me désarmant d'un simple coup de poignet. Il me montra par la suite comment éviter que cela ne se reproduise à nouveau.

"Asseyons-nous maintenant," dit-il, joignant le geste à la parole. Il choisit un rocher plat qui faisait un siège parfait pour lui. J'hésitai pendant un instant, car je savais que si je m'asseyais, j'aurais les jambes pendant dans le vide, comme un enfant à côté de son parent, avant de réaliser que c'était finalement bel et bien la situation. J'étais l'enfant de mon maître, issu de son esprit créatif sinon de sa semence.

"Maintenant que tu l'as affronté, la mort te fait-elle peur ?" commença-t-il.

"Peur, je ne sais pas," dis-je avec honnêteté. "Je ne crois pas. Mon instinct de survit me donne l'envie de survivre. Mon goût pour la compétitivité me donne l'envie de vaincre à chaque fois. La mort serait une défaite et cela je ne le désire pas. Mais en avoir peur ? Je ne crois pas."

"Peut-être n'en as-tu pas encore une expérience suffisante. Veux-tu encore quelques adversaires à abattre ?"

Je me souvins le choc que j'avais ressenti à l'issue de mon premier combat à mort. Mais c'était surtout la surprise et la brutalité de la fin qui m'avaient fait cette impression. Je n'y avais pas été préparé. Qu'en serait-il lorsque je connaîtrais l'issue du combat à l'avance. Si je perdais, je n'aurais pas à me soucier des conséquences, la question ne se posait donc même pas. Mais la défaite n'était en aucun cas quelque chose que j'envisageais. Cela était contre ma nature. Serais-je capable d'accepter la mort de mon adversaire sans aucun sentiment si j'y étais préparé ?

"Pas encore. Je pense avoir besoin de m'améliorer encore avant un nouveau combat. Mais en effet, je désire avoir l'occasion d'un nouveau duel à mort bientôt, si tu peux arranger cela." En même temps, je me demandais si mon désir ne risquait pas d'être une fois de plus détourné de façon inattendue.

"Donc la mort ne te fais pas peur, c'est surtout la défaite qui te fait peur. Et qu'en serait-il si la mort n'était pas véritablement une défaite ?"

"Reviens-tu sur ce concept de sacrifice ?"

"Presque, mais pas tout à fait," répondit-il avec un air plus énigmatique que jamais.

"Bien que je n'arrive pas à comprendre la notion de se sacrifier pour autrui, je veux bien accepter que ce soit le cas pour d'autres. Mais pour l'instant, cela ne me concerne pas. Même si j'abats mon adversaire en même temps, comment la mort pourrait donc être autre chose qu'une défaite totale et ultime ?"

"Et si la mort n'était pas définitive ?"

Il me fallut plusieurs instants pour comprendre, et pousser le raisonnement un peu plus loin. Peut-être une fois nés les être ne faisaient qu'errer de monde en monde au gré de leurs vies et de leurs morts. Mais jusqu'à quand, jusqu'à où ?

"La mort sur ce monde où tu veux m'envoyer t'a-t-elle fait ressusciter ici ?" demandai-je, espérant en découvrir un peu plus de ce qu'avait pu être son histoire.

"Non, ce n'est pas ainsi que je l'entendais. Mais peu importe, si la mort n'est pas définitive, est-elle un échec si total ?" insista-il.

"Peut-être pas. Si on se souvient d'avant sa mort, alors je suppose qu'il est possible de retirer une certaine expérience de celle-ci, même si je ne peux m'empêcher de la considérer comme un échec."

"Alors tu échoueras souvent, mais tu apprendras beaucoup également," affirma-t-il.

Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose, suivant la conversation que nous venions d'avoir. Pourtant, ce concept me paraissait tellement étranger que j'avais du mal à croire qu'il pouvait être vrai. Et puis la mort avait paru tellement brutale et définitive quand j'avais tué mon adversaire que je ne pouvais imaginer qu'il en était autrement. A moins que ce monde ne soit différent de celui où il voulait nous envoyer.

"Peut-on ressusciter et vivre éternellement sur ce monde où tu veux m'envoyer ?"

"Oui," dit-il tout simplement.
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MessagePosté le: 06 Avr 8:29    Sujet du message: Répondre en citant

Je restai sans voix pendant un certain temps, considérant les implications de ce qu'il venait de dire. Si la vie pouvait être éternelle là-bas, pourquoi mon maître avait-il quitté ce lieu ? La réponse me parut évidente. Il se trouvait maintenant dans un monde qu'il contrôlait entièrement, et dans lequel il n'était probablement pas soumis aux limitations qui semblaient exister là où il voulait m'envoyer. Notre première conversation me revenait et je me sentais moins surpris par son annonce. Cette immortalité venait certainement de l'immatérialité de ce monde. Néanmoins, cela me paraissait insuffisant, il devait y avoir autre chose puisqu'il avait dit qu'il suivait tout de même certaines règles physiques, et la première d'entre elles aurait due être que la mort est définitive.

"Comment cela est-il possible ? Est-ce la magie qui permet ces résurrections ?", avançai-je.

"Non, la mythologie. Enfin, c'est la croyance locale."

Je me souvins qu'il avait mentionné l'existence de Dieux, mais il n'avait jamais poussé plus loin, et je ne m'étais moi-même pas encore trop posé la question. Après tout, il m'avait déjà fourni tant d'informations à ressasser. Je rêvai une fois de plus d'avoir un peu de temps pour moi, pour réfléchir à tout cela.

"Oui, tu avais parlé de l'existence d'une telle chose," dis-je finalement. "Quels sont ces Dieux, et comment interviennent-ils ?"

"Pour commencer, il y a ceux propres à chaque race. Les hommes prient Thor, les démons suivent Diablo, les Centaures sont fidèles à Ent et les Béonides festoient avec Garyth," dit-il avant de faire une pause pour me laisser le temps d'enregistrer les noms.

"Très bien," dis-je pour le pousser à continuer.

"Pour renforcer leur influence, ces Dieux envoient des avatars qui sont visibles à ceux qui errent sur ce monde."

"Ces avatars sèment-ils la terreur ?"

"Pas vraiment. Ils se contentent d'être présents pour rappeler à tous qui ils sont et tenter d'obtenir du support. La plupart des gens pensent que ce sont ces Dieux qui permettent la résurrection."

"Mais pas toi," l'interrompis-je, ayant senti un doute dans sa voix.

"Non, pas moi. Comme je te l'ai dis, certains habitants de ce monde errent de peuple en peuple et pourtant continuent de ressusciter. D'autres encore ne croient pas en ces Dieux, ou alors pensent qu'ils ne sont que des puissances mineures. Si ces Dieux étaient à l'origine des résurrections, jamais ces individus ne reviendraient à la vie."

"Comment peuvent-ils avoir tant de mépris pour des Dieux ?"

"La principale raison est je pense la faiblesse de leurs avatars. Bien qu'il ne soit pas à la portée de n'importe qui de les vaincre, nombreux sont ceux qui en sont capables. Quand un Dieu, ou même son avatar, se voir souvent détruit, il devient plus difficile de le respecter."

"Je comprends. Pourtant ils continuent d'envoyer des avatars remplacer ceux qui ont été détruits, non ?"

"Oui, mais je crois qu'aucun Dieu ne voudrait prendre le risque de ne plus être visible, au risque d'être oublié des siens. Ils préfèrent donc envoyer des avatars faibles que de perdre le soutien qui leur reste."

"Est-ce là tout ce qu'ils font, regarder le monde et attendre d'être détruits ?"

"Non, leur intervention tourne principalement autour des temples, qu'ils soutiennent et qui les soutiennent dans une sorte d'interdépendance."

J'avais du mal à croire qu'on qualifiait de Dieux des être apparemment aussi faibles. Puis je me souvins de la façon dont il avait introduit ces Dieux. Pour commencer, avait-il dit.

"Quels autres Dieux existent ?"
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MessagePosté le: 12 Avr 8:07    Sujet du message: Répondre en citant

"La présence d'autres Dieux n'est qu'une hypothèse. Vois-tu, il existe une autre race qui parcourir ces mondes. Il s'agit des loups. Je ne l'avais pas encore mentionné car il ne s'agit pas d'un peuple."

"Mais ils ont tout de même une importance si tu les mentionnes maintenant."

"En effet. Ces animaux peuvent être dressés. Leurs maîtres peuvent ainsi les utiliser à leur gré, en faisant potentiellement une puissante arme."

"Et qu'est-ce que cela a à voir avec d'autres divinités ?" questionnai-je.

"Certains pensent que ces loups sont le produit d'une entité nommée Gaïa. Celle-ci ne dispose d'aucun avatar et son existence est essentiellement spéculation. Ils la placent au sommet de la hiérarchie divine, au-dessus des quatre autres dieux. Certains nient son existence. D'autres enfin ne se soucient pas de religion."

"Si elle se trouve au-dessus des autres, ce pourrait être elle qui est à l'origine des résurrections," avançai-je.

"C'est en effet une possibilité. Peut-être existe-t-il d'autres entités encore qui ne se sont pas manifestées, ou le font de façon si discrète qu'elles n'ont pas été remarquées."

"Et toi, qu'en penses-tu ?" demandai-je, sentant que pour lui tout cela n'était que vaines hypothèses.

"J'ai mon idée, mais je préfère te laisser te faire la tienne. Je me contente de te donner un aperçu de ce qui se sait sur ce monde."

Il avait probablement raison. Si chacun avait sa propre opinion, il était probable que celle de mon maître n'en soit qu'une de plus et ne soit pas nécessairement plus proche de la vérité que n'importe quelle autre vision. Or comme il était le seul que je connaissais, je risquais de prendre sa proposition comme plus vraie que les autres.

"Y a-t-il d'autres êtres qui interviennent sur ce monde ?"

"Oui, je t'en parlerai plus tard."

"Alors que peux-tu me dire d'autre sur ceux que tu as déjà cités ?"

"Je t'ai parlé de temples. Ces bâtiments recèlent un certain pouvoir, celui de générer une puissance spirituelle, aussi appelée mana, qui permet aux magiciens d'utiliser leur magie."

"Chaque Dieu a-t-il son propre temple ?"

"Non, il existe bien quatre temples, mais il est possible pour un peuple de prendre le contrôle de plusieurs temples, laissant ainsi certains autres peuples sans cette source de mana pour leurs magiciens."

"Il est donc important de protéger ses temples, et d'attaques ceux des autres peuples pour tenter de les affaiblir," tentai-je.

"Effectivement. La bataille des temples est l'une des nombreuses batailles qui se déroulent sur ce monde. Néanmoins, il existe d'autres sources de mana, permettant aux magiciens des peuples ne disposant pas de temple de conserver un certain pouvoir d'action. Mais cela n'est pas véritablement important, et tu découvriras ces moyens bien assez vite si tu décides de t'orienter sur cette voie."

"Comment peut-on défendre ses temples ?" l'interrogeai-je.

"Hé bien pour commencer, en y restant pour résister à tout ennemi qui voudrait venir les envahir. Sinon, il faut prier le Dieu de son peuple. En réponse aux prières, le Dieu autorise de nouveaux moines à venir s'installer dans le temple, et ceux-ci participent également à la défense. Ceci est sans doute l'intervention la plus significative de la part des Dieux, que l'on peut ainsi considérer comme les principaux fournisseurs de mana."

"Malgré la faiblesse de leurs avatars, ils ne sont donc pas totalement inutiles. Ils ont un pouvoir réel."

"Oui, mais il faut relativiser cette faiblesse. Cela paraît comme tel si on considère que de simples mortels peuvent les vaincre, mais seuls les meilleurs en sont capables. Ne t'y aventure donc pas lorsque tu arriveras sur ce monde," affirma-t-il avec force.

"Tout de même, la situation de ces dieux me semble bien étrange. Ne seraient-ils pas capables d'intervenir plus activement, ou de créer des avatars invincibles, voir multiples ?"

"Qui sait s'il existe une instance supérieure les limitant ? Quoiqu'il en soit, étant eux-mêmes sources de mana, ils sont du coup insensibles à la magie. Seuls les guerriers peuvent s'attaquer à eux. D'ailleurs, il en est de même pour les loups. Cette similitude est ce qui a fait penser à certains qu'ils sont les avatars de Gaïa. Avatars multiples, mais individuellement beaucoup plus faibles que les avatars des autres Dieux."

"Et dont Gaïa peut même perdre le contrôle lorsqu'ils sont dressés ?" demandai-je.

"En effet," confirma-t-il.

"Tout cela me semble bien compliqué !"

"Comme toujours lorsque la religion intervient !" affirma-t-il avec une telle conviction que je me demandai quelle avaient pu être ses expériences négatives face à la religion. Je méditai pendant un certain temps sur cela avant qu'il ne me fasse signe de le suivre.
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MessagePosté le: 16 Avr 9:20    Sujet du message: Répondre en citant

Nous descendîmes l'amas rocheux et sortîmes de la pièce, empruntant le couloir jusqu'à une nouvelle salle. La lumière y était faible, ce qui donnait l'impression que la salle était plus grande que d'habitude. Pourtant, je fus rapidement persuadé que ce n'était pas le cas. Le sol, les murs et le plafond étaient taillés de façon assez brute dans une roche gris foncé semblant absorber la lumière. Si la forme de la salle n'avait pas été aussi régulière, elle aurait presque pu passer pour naturelle. Je constatai ainsi que l'irrégularité du sol pourrait être un problème si je ne faisais pas attention. Au centre de la salle, apparemment plantés dans le sol, se trouvaient deux bâtons, d'une taille légèrement inférieure à la mienne.

"Maintenant, nous allons travailler les enchaînements avec une seule arme. Pour cela, rien de tel que le bâton pour débuter. C'est une des armes les plus simples à manier lorsqu'on débute," ajouta-t-il en s'emparant d'un des deux bâtons, pendant que je me saisissais de l'autre.

Avant que je n'aie le temps de répondre, il abattit son arme vers moi. Je n'eus que le temps d'interposer la mienne pour parer le coup. Il maintint la pression, ne me permettant pas de libérer mon arme pour tenter de riposter ou même véritablement de m'écarter.

"Tu vois comme il est facile de parer avec un bâton. Mais il est facile de porter une attaque dans la foulée. Attaque-moi !"

Il me repoussa à distance et attendit que je revienne sur lui. Ayant approché à nouveau, j'abattis une extrémité du bâton vers lui et il me para exactement comme je l'avais fait. J'essayais d'exercer la même pression qu'il avait faite. Sans profiter de sa force supérieure, il se contenta de faire tourner son bâton autour du mien. M'attendant à ce qu'il attaque, je parvins d'une forte poussée à reculer juste hors de portée d'une frappe qui aurait certainement été douloureuse.

"De simples bâtons comme cela ne sont pas vraiment des armes létales, et il faut véritablement s'acharner pour blesser gravement quelqu'un. C'est donc une bonne occasion de s'entraîner sans que je te laisse la tâche trop facile. Prêt ?"

A nouveau il se lança vers moi sans attendre ma réponse. Je pris de nombreux coups sans parvenir à en infliger un seul. Néanmoins, il m'expliqua régulièrement comment progresser, les erreurs que j'avais commises.

"Dans un monde où tu auras la chance de pouvoir revivre après une défaite, il y a quelque chose qui est plus important que tout. Il te faut apprendre à apprendre de ton adversaire. En l'observant bien, tu sauras quelles sont ses faiblesses pour pouvoir le vaincre la prochaine fois. Tu pourras apprendre des enchaînements que tu pourras réutiliser contre d'autres adversaires."

Cette phrase me laissa un sentiment mitigé. Je ne savais pas encore ce qui n'allait pas mais il allait falloir que j'y revienne. Je n'eus néanmoins pas le temps d'y songer car mon maître repris l'entraînement. Nous nous battîmes ainsi pendant une durée que je ne saurais estimer. La douleur des coups que je recevais s'estompait rapidement, comme s'il ne me fallait que quelques minutes pour guérir. Ne ressentant aucune fatigue, il n'y avait aucune raison de s'arrêter tant que je ne maîtrisais pas parfaitement mon sujet.

Arriva finalement le moment où je ne recevais quasiment plus aucun coup. Mes réflexes et ma maîtrise n'étaient quasiment plus pris en défaut. Et si je n'étais toujours pas parvenu à toucher mon adversaire, je savais que j'étais parvenu à un niveau relativement proche de lui. Il finit par me faire signe d'arrêter.

"Tu as bien progressé. Mais le bâton est loin d'être l'arme la plus difficile à progresser."

"Combien de temps vais-je devoir continuer l'entraînement ?"

"Comme je te l'ai dit, cela ne tient qu'à toi. Tu es libre de partir quand tu le veux."

"Mais je ne peux pas me contenter de la maîtrise du bâton ?" dis-je d'un ton hésitant.

"Tout est relatif. Des bâtons lestés et cloutés sont beaucoup plus redoutables que ceux que nous avons," dit-il avec un certain humour. Je pris son ton comme une confirmation que ce serait de toute façon insuffisant. Pendant un instant je regardai mes mains.

"Et me battre avec mes griffes ?" dis-je en le regardant avec un air interrogatif. Il me montra les siennes, beaucoup plus redoutables en apparence.

"Oui, c'est possible. Tu constateras d'ailleurs rapidement que tes griffes sont particulièrement tranchantes et solides. Elles te seront toujours un dernier recours acceptable. Qui sait si elles n'en viendront pas à devenir ta préférence. Se battre uniquement avec son propre corps peut donner un sentiment de liberté et d'exaltation inégalé. Quoique les meilleurs maîtres finissent par considérer leur épée comme une véritable extension de leur propre corps."

"Mais pour en arriver là, il me faut apprendre à les utiliser. Peux-tu m'enseigner cela ?"

"Si tu veux."

Il se dirigea dans un coin sombre de la pièce que je n'avais pas vu jusque là, et il en sortit un mannequin en bois recouvert d'une armure métallique.

"La première chose pour toi sera d'apprendre ce que peuvent faire tes griffes. Essaye de réduire cette armure en lambeaux."

Je tentai un premier coup de griffe timoré contre le plastron. J'avais peur de briser une griffe, ou pire encore, d'en arracher une. Le coup rebondit, ne laissant qu'une rayure sans conséquence sur le métal. L'instant suivant, mon maître donna un coup de griffe sur le bras du mannequin. Le métal de l'armure fut déchiré sous l'impact et la moitié de l'épaisseur de bois du bras partit avec.

"Si tu ne donnes pas tout ce que tu as, tu n'aboutiras à rien. Je pensais que tu l'aurais compris maintenant."

Il me paraissait un peu ridicule de se donner à fond immédiatement contre un simple mannequin. Néanmoins, je n'avais ressentis aucune douleur ou tiraillement lors de ma première attaque. La seconde fut beaucoup plus poussée, quoique pas encore au maximum de ma force. Elle laissa cette fois une entaille nette dans le métal. Ce n'était pas assez pour en blesser le porteur, mais cela me prouvait la qualité de mon armement naturel. Je continuai, frappant de plus en plus fort, jusqu'à atteindre une telle frénésie que je frappai sans cesse les moindre morceaux de métal restant, jusqu'à ce que le mannequin lui-même ne se résume plus qu'à quelques monceaux de bois.

A la suite de cela, mon maître passa encore une longue durée à m'enseigner le combat à mains nues, à l'aide des griffes. Pour éviter de nous blesser, mon maître nous fournit des gants. Cela n'atténua guère l'impact de certains chocs, mais au moins la chair restait-elle indemne. Alors que je commençai à maîtriser cette technique, je ressentais, comme il me l'avait annoncé, un plaisir nettement supérieur à la maîtrise du bâton.
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MessagePosté le: 20 Avr 9:31    Sujet du message: Répondre en citant

Après cette séance d'entraînement qui avait été particulièrement longue, mon maître m'amena à nouveau dans la pièce dans laquelle nous avions déjà tenu de nombreuses conversations. Je ne ressentais toujours aucune fatigue et n'aurais pas eu besoin de m'asseoir, mais cette position était confortable pour discuter tranquillement. La courte marche que nous avions faite dans le couloir m'avait complètement régénéré, et aucune marque ou trace dans ma fourrure n'indiquait que je sortais d'un combat plutôt intense.

"Parlons un peu stratégie."

"Qu'ai-je à faire de stratégie si je me contente de me battre pour moi-même, ce que je risque bien de faire dans un premier temps ?"

"Oui, il te faudra du temps pour trouver ta place, ou réaliser qu'elle n'est pas sur ce monde. Quoiqu'il en soit, l'environnement dans lequel tu vas évoluer aura tout de même son importance."

"Je suppose," dis-je d'un ton incertain, un peu vexé d'avoir parlé trop vite.

"Les territoires sur ce monde sont multiples. Certains sont à la merci de tous ceux qui s'y promènent, tandis que d'autres sont plus restrictifs. C'est en particulier le cas de deux zones sous le contrôle de forteresses."

"Je ne vois pas vraiment le problème, à moins de vouloir se lancer à l'assaut de ces forteresses."

"Pourtant, ces forteresses sont telles qu'elles influent énormément sur les territoires environnant. Il est donc préférable pour arpenter ces territoires que la forteresse soit la possession de ses alliés."

"Et dans le cas contraire ?"

"Alors le territoire recèle des dangers. Les ennemis pourront facilement te localiser et t'attaquer. Ta survie y serait très brève."

"Il me sera simple de les éviter alors."

"Pas tant que tu le croies. Comme tu le sais maintenant, la résurrection est triviale sur ce monde, mais elle n'est pas contrôlée, ce qui signifie que tu ne sais pas toujours où tu vas te réveiller."

"Bon, dans ce cas, je ne pourrai pas y faire grand-chose. Et si ce sont les miens qui possèdent la forteresse, quels sont les avantages ?"

"Comme je te l'ai dit, tu pourras facilement repérer tes ennemis et aller abattre ceux que tu voudras affronter. Les gens t'y seront favorables, ce qui facilitera tes déplacements dans cette zone. C'est également un lieu plein d'alliés qui te protègeront et te défendrons. Tu y auras le loisir d'observer les meilleurs en action."

Je réfléchis pendant quelques instants à tout ce qu'il venait de dire avant de réaliser l'étrangeté de la situation. Je me penchai légèrement vers lui.

"Pourquoi deux forteresses seulement ? Cela signifie qu'au moins deux peuples se trouvent en permanence dans la difficulté."

"Le pourquoi de seulement de forteresses ? Disons juste que leur construction n'est pas le fait des peuples qui parcourent ce monde, et il n'est donc pas dans leurs moyens d'en élever de nouvelles. En fait, il existe d'innombrables places fortes, mais seules ces deux forteresses, de part leur nature particulière, donnent de tels avantages à leurs possesseurs. Quant au fait qu'il n'y a que deux peuples qui en disposent à un moment donné, c'est justement ce qui rend leur possession un élément stratégique intéressant."

"Et les assauts contre ces forteresses doivent être nombreux ?" interrogeai-je.

"En effet. Ce sont de hauts lieux de guerres et d'actions héroïques. Les autres lieux sont les temples. Eux aussi sont le théâtre de batailles incessantes pour leur possession. Même s'il y en aurait assez pour chaque peuple, aucun n'est de nature à se complaire dans le fait de laisser ses adversaires en posséder également, car les en démunir les affaibli."

"Donc si je veux faciliter ma tâche, j'ai plutôt intérêt à joindre un peuple possédant une de ces forteresses?"

"Oui. Tout dépend jusqu'à quel point tu aimes le défi."

"Les adversaires seront de toute façon nombreux et forts, quelque soit le peuple que je rejoindrai, donc le défi existera de toute façon."

"C'est vrai."

Un autre mot qu'il avait employé me revint à l'esprit. Dans l'ensemble, il parlait souvent des peuples pour indiquer les quatre groupes principaux qui habitaient ces terres. Pourtant, en parlant des avantages des forteresses, il avait utilisé le terme d'alliance.

"Jusqu'à quel point ces peuples se haïssent-ils ? Est-il impossible de les faire s'entendre ?"

"A l'intérieur d'un même peuple, les mésententes sont fréquentes. Entre peuples, elles deviennent donc quasiment insolubles. Mais cela ne signifie pas que, joints par un même intérêt, les coopérations n'existent pas."

"C'est pour cela que tu as parlé d'alliance ?"

"En effet. Deux peuples alliés partagent leurs ressources, les rendant plus forts et plus puissants."

"Ils auraient donc intérêt à rester alliés," affirmai-je.

"En général oui, jusqu'à ce que les dissensions ne deviennent trop importantes. Tu as encore tout à apprendre de la notion de peuple, mais cela, seule l'expérience pourra te l'enseigner. Et puis il faut considérer que pour beaucoup, la guerre est devenue un mode de vie à leur goût. Avoir plus d'adversaires multiplie les plaisirs et les défis."

Le regard de mon maître se perdit pendant un instant. J'avais l'impression que quelque chose dans ce qu'il venait de dire le touchait particulièrement. Mais je n'étais pas sûr de ce que cela pouvait être.

"Regrettes-tu ces temps de défis ?"

Il me regarda avec un air légèrement rieur. "N'es-tu pas toi-même un défi ?"
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MessagePosté le: 23 Avr 10:56    Sujet du message: Répondre en citant

Je ressassais ses dernières paroles en me relaxant sur mon siège. Lui-même restait maintenant de marbre, m'observant à travers ses paupières presque fermées. Voulait-il que je réponde à sa question ? Elle semblait pourtant uniquement rhétorique. Je décidai de le lancer sur un autre sujet.

"Une guerre que l'on ne peut gagner ni perdre est-elle un défi ? Vaut-elle la peine d'être menée ?"

"Pardon ?" répondit-il d'un air étonné. Mais rapidement, je vis la compréhension apparaître sur son visage.

"Cette guerre sur ce monde où tu veux m'envoyer est sans issue. Quand on ne peut vaincre aucun adversaire définitivement, on ne peut vaincre l'armée adverse. Et quand pour la même raison on ne peut être vaincu, quel est encore l'intérêt de cette guerre ?"

"Tu as effectivement mis le doigt sur un fait important. Cette guerre est menée sans aucun espoir de victoire finale et aucune crainte de défaite totale."

"Alors pourquoi la poursuivre ?"

"Les réponses sont nombreuses et propres à chacun de ses combattants. Je pourrais certainement t'en donner une longue liste presque sans avoir à réfléchir."

"Quelles étaient tes raisons, et pour quelle raison as-tu finalement abandonné ?"

"Chacun ayant sa propre opinion sur ce conflit, que t'apporterait la réponse de quelqu'un qui n'y participe pas ?"

"Ce n'est pas tant la raison pour laquelle tu y participais que celle pour laquelle tu en es parti qui m'intéresse," dis-je, tout en sachant qu'il ne répondrait probablement pas. Il faisait tout pour que j'en sache aussi peu que possible sur lui-même. Ce qui l'intéressait était que je connaisse le monde sur lequel il allait m'envoyer, et probablement prendre un certain plaisir à m'observer.

"Je le comprends bien, mais cela ne change rien. Si tu y prends plaisir, alors tu voudras y rester, et dans le cas contraire, ce sera pour tes propres raisons que tu voudras quitter ce lieu." Encore une fois il avait réussi à éviter de confirmer et d'infirmer son passé là-bas.

"Une fois que j'y serai, tu comptes donc me laisser entièrement le choix de ce que je veux faire ?"

"Oui. Dès maintenant tu as le choix," ajouta-t-il.

"Et si je ne désire pas aller sur ce monde ?"

"Rien ne t'y oblige," insista-t-il.

"Me garderas-tu ici ou m'enverras-tu ailleurs ?" demandai-je encore.

"Je ne sais pas, cela dépend principalement de toi."

"Créeras-tu alors un autre être à envoyer là-bas ?" Je voulais en savoir un peu de ses projets une fois que je l'aurais quitté. Il était la seule personne que je connaissais, et j'avais la sensation que je ne le reverrai jamais une fois parti.

"Créer un être est déjà assez difficile, et il y a tellement d'autres choses à faire…" répondit-il avec un air énigmatique.

"Pour en revenir à ma question, y a-t-il véritable un intérêt à poursuivre cette guerre ?"

"Qui sait ce qui arriverait si un peuple décidait de la quitter ? Peut-être ce peuple serait-il amené à disparaître. Personne n'a envie d'en prendre le risque. Et ce n'est qu'une raison parmi de multiples."

"Et pour moi, quel intérêt pourrai-je y trouver, à être catapulté dans une guerre entre des peuples dont je ne connais pas grand-chose et qui ne me sont rien ? Pourquoi devrais-je m'impliquer dans cette bataille ?"

"Si tu réfléchi, je pense que tu le sais déjà. Tu trouveras là-bas des adversaires pour satisfaire ton désir de progression et d'excellence, ton constant besoin de défis, et beaucoup d'autres choses encore."

"Tu sais cela parce que tu l'as implanté en moi ? Tu as créé un être fait pour ce monde, n'est-ce pas ?"

"On ne peut rien te cacher Pargias," répondit-il avec un air moqueur qui me fit presque enrager. J'aurai pourtant dû m'y attendre en posant une question aussi évidente. Il était capable de faire de moi ce qu'il voulait. Il me connaissait probablement mieux que je ne me connaissais moi-même. Et si petit à petit j'allais gagner mon indépendance d'esprit avec l'expérience, il faudrait encore du temps avant que je ne sois un être véritablement différent de ce qu'il avait créé. Avant que je ne sois véritablement moi-même. Cette rage qui m'habitait devait être visible, car je lus une certaine inquiétude dans le regard de mon maître. Je sus aussitôt qu'il ne s'était pas attendu à cela. Mais malgré une certaine satisfaction à l'idée de l'avoir surpris, ma rage restait présente, et je ressentis le besoin de la passer sur quelque chose.

"Je veux un nouvel adversaire pour me tester, qui me permette de savoir ce que je vaux," ordonnai-je à mon maître.

Après un instant de réflexion de sa part, je vis un sourire penseur s'étirer sur son visage. Il avait de toute évidence une idée derrière la tête, et je commençai à m'inquiéter. Mais cela ne m'empêcha pas de le suivre quand il se leva.
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MessagePosté le: 24 Avr 9:19    Sujet du message: Répondre en citant

Quand il s'arrêta devant une porte, il ne l'ouvrit pas immédiatement mais se tourna vers moi.

"Je vais te laisser entrer seul. La porte ne s'ouvrira à nouveau que lorsque l'un d'entre vous sera mort."

"Sera-ce une mort définitive ? Serais-tu prêt à perdre la création pour laquelle tu as tant travaillé ?" demandai-je sur un ton un peu ironique.

"Oui," répondit-il en ouvrant la porte. Son visage ne contenait aucune expression qui aurait pu m'indiquer ce qui m'attendait. La pièce était sombre et je ne pouvais rien voir de ce qui se trouvait à l'intérieur. Après une courte hésitation je passai la porte. Il la referma derrière moi, et à ce moment-là la pièce s'illumina. Le sol était de pierre, entièrement plat et lisse. Les murs étaient un immense râtelier entièrement rempli d'une grande variété d'armes. Instantanément, je sus que j'aurais la possibilité d'utiliser celles qui me conviendraient le mieux.

Mais l'élément marquant se trouvait au milieu de la salle. Une silhouette solitaire s'y dressait. Bien que ne m'étant jamais vu, j'eus dans un premier temps la sensation de me regarder dans un miroir. L'être qui me faisait face était recouvert d'une fourrure identique à la mienne. Sa taille était sensiblement la même, et ses mains étaient armées de griffes en apparence aussi acérées que les miennes. Ce n'est qu'après quelques secondes supplémentaires que je remarquai les différences. Les formes étaient légèrement différentes, féminines. Les hanches étaient plus large et la courbe arrondie d'une poitrine était nettement visible. Pendant que je l'observai, elle ne bougea pas. Elle tenait dans ses mains une épée et un bouclier, d'une façon qui me paraissait légèrement maladroite.

Comme elle ne montrait aucune intention d'approcher, j'allai tranquillement me saisir d'un équipement semblable au sien, avant de lui faire face à nouveau. Je commençais à comprendre le tour que mon maître avait voulu me jouer. En me mettant face à un être de la même race que moi, du sexe opposé, il espérait certainement me faire hésiter, retenir mes coups. Mais je ne me sentis aucunement attendri. Il oubliait que je venais à peine de naître à la vie et que je ne ressentais pour l'instant d'attachement envers personne, excepté mon maître lui-même. Il aurait certainement été le seul que j'aurais hésité à frapper.

Ayant découvert son plan, je m'avançai vers mon adversaire avec un sourire carnassier. Je comptais bien me battre avec tous mes moyens. Alors que j'approchais, elle leva son bouclier et son épée, montrant une nette incertitude. Je la laissai frapper la première, ce qu'elle fit avec mollesse. Je n'eus aucune difficulté à parer l'attaque. A peine avait-elle fini de frapper qu'elle avait déjà commencé à reculer. Je lançai aussitôt mon épée pointe en avant vers sa poitrine. Sa parade sembla presque chanceuse, mais lui laissa néanmoins une estafilade sur l'épaule et la déséquilibra assez pour qu'elle trébuche et tombe en arrière, lâchant son épée à ses côtés. Je me demandai si elle ressentait ce que mon maître avait probablement espéré que je ressente, une hésitation à attaquer quelqu'un de sa propre espèce.

"Allez, lève-toi et qu'on en finisse !" dis-je en pointant mon épée vers la sienne pour qu'elle la ramasse. Je pouvais voir un air désespéré s'afficher sur son visage. Elle obtempéra, ramassant son épée et se mettant debout. Un instant plus tard, je lançai mon épée latéralement vers elle. Elle n'eut pas véritablement de difficulté à interposer son bouclier, mais elle vacilla à nouveau sous la puissance du choc et manqua de peu de s'écrouler à nouveau. Alors que je ramenai à nouveau mon épée vers elle, de l'autre côté, elle interposa son épée, qui lui échappa des mains pour tomber à deux mètre de là.

"Qu'est-ce que c'est que ce défi, maître ? Tu m'as envoyé la pire combattante que tu as pu trouver ou quoi ?" hurlai-je, n'espérant pas véritablement de réponse. Je sentis ma rage augmenter encore, et pourtant je laissais encore une fois mon adversaire ramasser son arme. Il n'y avait aucun intérêt à affronter un adversaire désarmé. Cela n'aurait pu me permettre de savoir ce que je valais.

Je pouvais voir l'air presque soumis de mon adversaire. J'étais maintenant sûr qu'elle ne vaudrait rien au combat, qu'elle ne cachait pas son jeu dans l'espoir de me surprendre. Restant malgré cela sur mes gardes, je m'avançai à nouveau vers elle. Après tout, mon maître m'avait dit qu'il n'ouvrirait la porte qu'à la mort de l'un d'entre nous. Il était donc temps d'en finir et de passer à quelque chose de plus intéressant. Elle reculait à mon avance, mais pas assez vite. Je la frappai à nouveau de mon épée, en y mettant toute la force et l'énergie que la colère avait faits monter en moi. Sans doute apprenait-elle également puisque cette fois elle ne perdit pas l'équilibre, mais cela suffit à ouvrir complètement sa garde. J'attaquai à nouveau, pointe en avant et sentit l'arme pénétrer profondément dans le ventre de mon adversaire. La douleur emplit aussitôt ses yeux, remplaçant la peur qui s'y trouvait un instant auparavant. Je retirai mon épée brutalement. Ses bras étaient tombés de part et d'autre de son corps, mais tenait encore debout. Je frappai à nouveau, latéralement, sans plus réfléchir. La lame mordit dans son épaule, coupant presque le bras. Pourtant, encore une fois, elle ne tomba pas. Il me fallut tirer sèchement sur mon arme pour la sortir de l'os où elle s'était enfoncée, avant de frapper à nouveau, sous la colère, sans plus chercher à contrôler ce que je faisais. Le coup faillit la rater, et seule la pointe forma un sillon dans son bras et sa poitrine, avant que je ne frappe à nouveau, encore et encore. Je ne sais pas combien de coups il fallut avant qu'elle ne s'effondre, mais je faillis continuer à la frapper une fois à terre. Je me sentais frustré. J'avais espéré un véritable test, je n'en avais eu qu'une parodie.

J'entendis la porte qui s'ouvrit derrière moi. Je pris le temps de me calmer autant que possible avant de me retourner. Mais s'il m'était possible de tenter de dissimuler ma colère, il ne m'était guère possible d'en dissimuler le résultat. J'étais couvert de sang et le sol autour de moi était jonché des restes de mon adversaire. Pendant que mon maître approchait, je me demandais comment elle avait pu tenir debout aussi longtemps alors qu'elle avait paru aussi frêle après mes premières attaques. Cela pouvait être une autre propriété que mon maître avait décidé d'appliquer à son monde, ou peut-être l'imminence de la mort lui avait-elle donné une vigueur inattendue. Serais-je pareil si j'étais vaincu ? Allais-je tenir sous les coups, ressentant la douleur de chacun d'eux jusqu'à ce que la mort finisse par me prendre ?

Le regard de mon maître était sombre.

"Je vois que tu es prêt pour le monde où je propose de t'envoyer. Tu t'y sentiras certainement à ton aise."

"Pourquoi, les adversaires sont-ils tous aussi faibles ?" demandai-je, non sans un reste d'agressivité. Il se contenta de secouer la tête. "Au moins je sais ce que tu vaux," dit-il simplement.

"Comment peux-tu le savoir ? Ce duel était une parodie, cet adversaire indigne ! Sans combat, comment puis-je savoir ce que je vaux vraiment, comment savoir si je suis aussi prêt que tu le dis ?"

Sans un mot de plus, il se retourna et se dirigea vers la sortie, me faisant vaguement signe de le suivre, ce que je fis après un instant de pause, les poings serrés, devant presque me retenir pour ne pas le frapper.
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MessagePosté le: 26 Avr 13:17    Sujet du message: Répondre en citant

Il nous emmena comme d'habitude dans le couloir. La marche se prolongea bien plus longtemps qu'aucune de celles que nous avions faites jusqu'ici. Lla démarche de mon maître semblait hésitante. Il avait l'air de chercher le chemin qu'il voulait prendre, comme s'il était perdu en ces lieux. Cette longue marche eut pour effet de m'apaiser. Ce moment de tranquillité était le bienvenu, après avoir eut si peu de temps pour réfléchir récemment. J'avais fait des progrès énormes en combats, et surtout appris que je n'avais pas à avoir peur d'arriver sur ce monde avec des capacités limités, n'ayant pas à craindre que la mort n'interrompe ma progression. J'en savais aussi beaucoup plus sur ce lieu où je devais me rendre. Bien que souvent surprenant, la plupart de ce qu'il m'avait dit me plaisait, me donnait l'envie de m'y rendre.

Jusqu'à cette toute dernière expérience, j'avais eu pleine confiance en mon maître. Même si sa façon de tout savoir et souvent tout prévoir m'agaçait, malgré la frustration d'apprendre face à un combattant trop supérieur à moi, en dépit du fait que je n'avais eu aucune intimité, il m'avait toujours paru œuvrer honnêtement pour me faire progresser et me préparer aussi efficacement que possible. Mais cette dernière expérience avait été un choc. J'étais extrêmement déçu par la faiblesse de l'opposition qu'il m'avais proposée et je n'arrivais pas à comprendre l'enseignement que j'étais censé en tirer. Dans un monde en guerre, il était évident que je rencontrerais des adversaires plus faibles, mais il était également évident que pour faire gagner mon camp, il n'allait pas falloir que j'hésite à les abattre. Mais cela, je n'avais pas besoin de le faire ici et maintenant. Il serait bien assez tôt d'abattre des adversaires faibles en temps voulu, lorsque cela aurait une importance quelconque. Qu'avait-il bien voulu m'enseigner, je n'arrivais pas à le savoir.

Je levais à nouveau mes yeux sur lui pour l'observer. Son attitude m'intriguait. Je commençais à me demander si j'avais réussi ou échoué à son test. Avais-je fait une erreur en laissant deux fois à mon adversaire une chance de reprendre son arme ? Aurais-je simplement dû la laisser mourir après avoir porté le premier coup mortel, ainsi que ce serait probablement le cas dans une vraie bataille, pour se tourner vers l'adversaire suivant ? Aurais-je dû trouver un moyen de l'abattre plus efficacement plutôt que par ces coups coléreux, répétés et, je devais bien me l'avouer, inefficaces ? Oui, c'était sans doute cela. J'aurais dû me maîtriser suffisamment pour l'achever d'un seul coup après avoir porté le premier coup mortel. Cette colère m'avait fait perdre ma maîtrise. Il fallait que je sois plus capable de me maîtriser, que je puisse canaliser ma colère avec patience et précision pour devenir toujours meilleur, et ne jamais rater un seul coup.

Pourtant, il m'avait dit que j'étais prêt à partir. Je devais donc avoir suffisamment réussi son test. Peut-être était-ce la raison de son indécision. Il était possible qu'il hésite à me laisser partir, à se retrouver seul à nouveau. Ce monde m'avait paru bien désert en dehors de la présence de mon maître, et j'avais l'impression que les êtres qu'il pouvait y faire venir, tels les deux adversaires que j'avais affrontés, ne seraient en rien capables d'atténuer sa solitude. Il avait avec moi une relation sans doute unique. A moins qu'il ne se lance à nouveau dans la création d'un nouvel être. Mais si cette tâche était aussi difficile, sans doute n'était-il pas prêt à la reproduire, de plus que cela entraînerait quand même un longue période de solitude jusqu'à l'achèvement de sa tâche. Cela pouvait tout à fait être la raison de son hésitation.

Plus j'y réfléchissais, plus je me sentais prêt à partir. Peut-être attendait-il que je lui dise ce que j'en pensais, voulant me laisser le choix de partir maintenant ou plus tard. Il était possible qu'il hésite simplement car ne sachant pas où j'en étais de mes réflexions. Il me laissait enfin le temps, et cela était nouveau pour moi. Nous continuions à cheminer sans nous arrêter. Pouvait-il lire dans mes pensées au fur et à mesure que celles-ci me traversaient l'esprit. Parfois j'en avais eu l'impression, et à d'autres moments j'avais celle qu'il me laissait entièrement ma liberté de décision, la possibilité de devenir un être nouveau, indépendant.

"Je suis prêt," dis-je finalement. Je m'étais attendu à ce qu'il s'arrête immédiatement pour reconnaître ma décision, mais il continua encore, marmonnant quelque chose qui ressemblait à "Mais le suis-je ?". C'était donc cela, il n'avait pas envie de me voir partir, pas encore.

"Je suis prêt," dis-je à nouveau d'une voix plus forte, comme si je n'avais pas entendu ce qu'il avait dit. Il s'arrêta cette fois de façon si brutale que je faillis le percuter. Il ne se retourna pas mais repartit pour quelques pas de plus, jusqu'à la porte suivante. Il se contenta de l'ouvrir en me faisant signe d'entrer.
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MessagePosté le: 08 Mai 10:57    Sujet du message: Répondre en citant

Il me suivit et ferma la porte pendant que j'observais le contenu de la salle. Elle contenait en son centre une table faite d'un matériau que je ne reconnaissais pas. Elle semblait faite d'un énorme bloc posé sur le sol, légèrement incurvé de telle façon que sa base était plus étroite que son sommet. Elle ne laissait pas la place de s'asseoir de pouvoir passer ses jambes en dessous, mais il n'y avait de toute façon pas de chaise. Alors que j'approchais, je vis que sa surface supérieure semblait faite d'un verre sombre et reflétant relativement peu la lumière. Ma main resta suspendue pendant un instant au dessus, mais je n'osais la toucher.

"En es-tu sûr ?" demanda mon maître. Il me fallut quelques instants pour me sortir de l'observation de cette table avant de comprendre à quoi il faisait allusion.

"Oui, j'en suis sûr."

"Nombreuses sont les choses dont je peux encore te parler."

"N'aurai-je pas le loisir de les apprendre si je pars maintenant ?"

"Tu l'auras. Ce sera plus long, tout simplement."

"Tu m'as parlé du plaisir d'apprendre. Maintenant que je sais que j'aurai beaucoup de temps devant moi, pourquoi ne pas me lancer et profiter du plaisir d'un apprentissage long et vraiment mérité ?"

"Alors comme je te l'avais promis, tu peux partir. Je te laisse découvrir les différents mondes qui composent ce monde, les autres êtres qui les peuplent, les moyens d'acquérir des métiers et leur importance dans la lutte des pouvoirs et le profit des différents peuples." Je sentis un instant d'hésitation à ses paroles. Ne serait-il pas plus simple d'apprendre les choses rapidement avec lui, de profiter parfois de son point de vue et de sa sagesse ? Pourtant, ces longues minutes de calme et de réflexion que j'avais eues dans le couloir me faisaient aspirer à une solitude et une indépendance que je savais ne pas trouver si je ne partais pas immédiatement. Dans son monde, il serait toujours avec moi, m'observant sans cesse. Là où il voulait m'envoyer, il était probable qu'il m'observerait également, mais cette observation lointaine et sans interaction me permettrait le plus souvent de l'oublier et de me confronter à d'autres problèmes. Cela me rappela ce qu'il avait proposé plus tôt.

"Une dernière chose," commençai-je à demander. "Tu m'avais dit que tu me montrerais ce avec quoi tu peux observer ce monde."

"Et voilà !" répondit-il en me montrant la table devant laquelle nous nous trouvions.

"Est-ce une table magique ?"

"En quelques sortes. Mais ce qui est magie pour les uns ne l'est pas nécessairement pour les autres."

"Comment cela marche-t-il ? Il n'y a rien à voir …"

"Monte dessus, tu verras mieux," dit-il. Un peu surpris à l'idée de monter sur la table, j'obtempérai néanmoins. "Et maintenant regarde …"

Tout à coup, la surface vitrée de la table s'illumina, et à mes pieds se trouvait un monde, comme vu de très haut. J'eus pendant un instant peur de tomber et il me fallut un regard sur le reste de la pièce pour m'assurer que je n'avais pas changé de lieu et me trouvais toujours sur une surface solide. Le monde se mit ensuite à défiler sous mes pieds à grande vitesse. Je pouvais voir de nombreux êtres le peuplant, des bâtiments, de grandes étendues herbeuses. Le monde que je voyais se mit à tournoyer de plus en plus. Mon maître cherchait-il à me faire perdre l'équilibre ? Je fermai les yeux pendant un instant pour tenter de le retrouver. Aussitôt mes paupières closes, je sentis un souffle sur mon visage. Sous la surprise, je rouvris les yeux.

Je n'étais plus dans la pièce avec mon maître, mais dans ce monde que je venais de survoler. Une légère brise soufflait. Je pouvais reconnaître au loin des montagnes que je venais d'apercevoir un instant auparavant. Plus proche se trouvait un village. Plus proche encore se trouvait une troupe de Centaures se dirigeant vers moi. Je n'en avais jamais vu, et pourtant je savais ce que c'était. N'ayant pas envie d'affronter les premières personnes que je croisai, je décidai de me joindre à eux, rageant une fois de plus contre mon maître qui m'avait encore joué un mauvais tour, ne me laissant même pas le temps de lui dire adieu. Le hasard m'avait assigné mon premier peuple.

L'avenir devant moi était long, j'avais tout le temps de changer.

Suite dans: En quête d'identité
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